8 Femmes/Huit mars : Femmes de parole
Musique

8 Femmes/Huit mars : Femmes de parole

Le groupe 8 Femmes/8 mars présente la 10e édition de son spectacle multidisciplinaire sous le thème Tout feu tout femme dans le cadre de la Journée internationale de la femme. Attention, ça va chauffer!

Les musiciennes et femmes de conviction Louise Poirier et Claire Duguay étaient des premières à prendre part à différents combats féministes dans les années 1975 en Outaouais. Alors âgées de15 ans, elles étaient de toutes les réunions et ne reculaient devant rien pour descendre dans la rue pour clamer haut et fort leur droit à l’égalité. "J’étais une péquiste et féministe dans ce temps-là!" ricane Louise Poirier. "Moi, j’étais une communiste", clame ensuite Claire Duguay, enchaînant sur un rire contagieux, elle qui m’a accueillie dans sa demeure avec un chaud café. "Il y avait beaucoup à faire à ce moment-là, mais maintenant il y a de moins en moins à construire, il y a des centres d’hébergement, par exemple, pour les femmes dans le besoin… mais ce n’est plus comme dans le temps où on était un peu comme les féministes américaines: "action/réaction". On pouvait aller engueuler un gars dans le magasin parce qu’il avait poigné un sein à une cliente venue acheter un système de son", raconte Louise Poirier.

Quelques années plus tard, elles sont réunies pour célébrer le 10e anniversaire d’un événement qu’elles ont mis sur pied à la demande de Louise Tourangeau de l’Auberge Symmes d’alors, et qui est devenu depuis une véritable tradition de ce mois d’hiver. Louise Poirier, qui en est la conceptrice, ne pensait pas que l’événement aurait de telles suites: "Au début, ce n’était que pour un show, mais après on s’est dit: pourquoi pas? Parce que le concept est fort, huit femmes sur scène, d’appartenances artistique et sociale différentes", atteste-t-elle.

"Suite à l’année dernière, on est restées dans la bulle de 8F8M. Habituellement, l’événement finit et on s’en retourne à nos carrières respectives, la routine reprend, mais le show 2004 était tellement fort. Dès juillet, on connaissait déjà le thème, on savait que c’était le 10e et qu’on allait changer d’endroit", note Claire Duguay, en faisait référence au fait que, contrairement aux années précédentes, 8F8M se donnera cette année à la Salle Jean-Despréz de la Maison du citoyen plutôt qu’à La Basoche du Centre culturel du Vieux-Aylmer. "On est très habituées de faire des spectacles ensemble, alors, il y a une espèce de moule dans lequel on entre et c’est le fun, c’est confortable, mais parfois ça nous empêche d’aller plus loin. On pratiquait moins par exemple… Mais cette année, on a décidé de se voir régulièrement, de se discipliner. On a poussé nos idées plus loin, une coche plus haut", ajoute Louise.

Ainsi, en plus de jouer dans une plus grande salle, les deux femmes souhaitent étendre l’expérience 8F8M toute l’année. "Personnellement, je trouve que le fait que le message soit entendu juste une fois par année, ce n’est plus assez. C’est pourquoi on a commencé à penser à long terme avec des projets de spectacles – on veut aller jouer ailleurs – et un projet d’album. On veut assurer une pérennité. On s’est rendu compte qu’avec La Basoche le message était entendu par 300 personnes par année à peu près, mais c’est un message qui doit se dire à longueur d’année; on parle de paix, d’équité, d’égalité, d’amour", note Claire.

CRACHEUSES DE FEU

Cette année, les deux femmes promettent qu’il y aura le feu aux planches puisqu’elles se sont entourées, non pas de six, mais de neuf femmes artistes pour l’édition de Tout feu, tout femme. Ainsi, les plus habituées Francine Martel (tam-tams) et Carina Mach (basse) partageront la scène avec les comédiennes Geneviève Couture et Catherine Rousseau, la violoniste de Chakidôr Valérie Pichon, de la danseuse haïtienne Claude Ambroise ainsi que de la karatéka Josée Blanchard. Le trio de Claire Duguay, Louise Poirier et Andrée Poirier (sœur de l’autre) entameront de joyeux airs sous les éclairages de Tania Barrette. Des numéros pour le moins inusités nous sont promis, mais les deux comparses restaient muettes sur les détails entourant le spectacle.

8F8M profite aussi de l’occasion pour lancer un recueil de poésies, contes et chansons, choisis dans les 10 éditions du spectacle, de 1996 à 2005. En plus de le vendre sur place, elles feront aussi un petit lancement lors Salon du livre de l’Outaouais (du 16 au 20 mars).

Malgré l’évolution flagrante de la cause des femmes dans les dernières années et la situation tout de même favorable au Canada, les deux féministes endurcies craignent encore: "Je redoute cette espèce de réticence des femmes face à la parole qu’on veut prendre. Les jeunes ont la perception que le féminisme, c’est du passé. Cette perception ne me choque pas, mais m’intrigue plutôt et j’aimerais aller creuser un peu plus en profondeur", remarque Claire Duguay. "Ce qui me fait peur, pour ma part, c’est le certain retour en arrière de la cause, on le constate dans l’image de la femme dans les publicités où on voit la femme servante de la préhistoire [faisant référence à une publicité de Wendy’s]. C’est très conservateur et c’est comme un pas en arrière", note Louise, qui s’implique, tout comme Claire, concrètement dans différentes causes communautaires. Peu importe ce qu’il adviendra de l’image de la femme dans les prochaines années, on peut compter sur ces deux guerrières musiciennes pour remuer les tisons de la société.

Les 8, 9 et 10 mars à 20 h
À la Salle Jean-Despréz

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