Calla : Frémir debout
Musique

Calla : Frémir debout

La formation Calla s’adjoint un quatrième membre et vient offrir sur scène quelques bribes de son inquiétant songe musical, en attendant la parution prochaine d’un quatrième essai, Collisions.

NEW YORK, TEXAS

C’est de ce type d’endroit impossible, pluridimensionnel et fantasmagorique que semblent parvenir les airs tourmentés du groupe Calla. Un univers occulte où règnent angoisse, perte, rêve et solitude, livré sous forme de murmures vocaux, de mugissements de guitares et de climats mélodiques aussi apaisants que terrifiants. Un monde irréel, à la fois mystérieux et familier, où s’entrechoquent les décors contrastants visités par la singulière formation. Du fin fond des plaines texanes, elle s’est expatriée en plein cœur de Brooklyn vers le milieu des années 90. "On s’est demandé: "Quel est l’endroit le plus dément où on pourrait aller?"" rigole Aurelio Valle, chanteur et guitariste du groupe dont les premiers balbutiements remontent à 1993, sous l’appellation de Factory Press. "New York s’est tout de suite imposée, poursuit-il. Pas mal tout ce qui nous branchait se déroulait là-bas. On a pensé que le changement draconien nous inspirerait musicalement et c’est ce qui s’est produit, un véritable choc culturel! New York peut être très chaotique et inspirante, à n’importe quelle heure du jour. Il est absolument impossible de s’en lasser. Et plusieurs artistes nous ayant influencés venaient d’ici, comme Velvet Underground, Sonic Youth et Jon Spencer Blues Explosion; beaucoup de talent et d’intégrité…"

LES LUMIÈRES VIVES

Après trois disques bien reçus par la critique (Calla, 1999; Scavengers, 2001; Televise, 2003) et d’opérants concerts ayant permis de gonfler son bassin d’admirateurs, Calla enregistrait cet été un quatrième album, Collisions, réalisé par Chris Zane (The Boggs, Les Savy Fav) et mixé en partie par Victor Van Vught (Nick Cave, Tindersticks). Mais c’était sans le bassiste et collaborateur de longue date Sean Donovan, qui déclarait forfait au terme de la tournée Televise, juste avant d’entrer en studio. "On a eu deux semaines pour écrire la moitié du disque et réécrire les lignes de basse, rapporte Valle. On croyait que ça allait être un désastre, mais l’expérience s’est en fin de compte révélée très libératrice, probablement une des plus agréables expériences de studio", dit-il à propos de la session réunissant ses fidèles compères Wayne Magruder (batterie) et Peter Gannon, guitariste qui s’est aussi illustré à la quatre cordes pour l’occasion. "Quand Pete s’est emparé de la basse et s’est mis à joué, on s’est souvenus pourquoi on avait commencé à jouer au départ, il y a des années. La chimie du début était revenue… Et après l’enregistrement de l’album, un de nos bons amis, George Gonzalez, a manifesté l’envie de jouer de la basse avec nous. Ça a bien cliqué et c’est peu de temps après que les gars d’Interpol nous ont demandé de jouer avec eux au Hammerstein Ballroom (rires). C’était plutôt énervant pour un premier concert! Mais il s’en est tiré à merveille…"

REJOINDRE ET SURPRENDRE

Allergique à la redondance, Calla adoptait avec Televise un format et des sonorités rock plus conventionnels, susceptibles d’élargir encore davantage son public. Si l’on en croit le nouvel extrait It Dawned on Me, disponible sur le site Internet du groupe (www.callamusic.com; un autre devrait s’y ajouter bientôt), la tendance serait maintenue avec Collisions. Valle précise: "Il s’est passé quelque chose en studio; l’énergie et la détermination qu’on avait, comme c’était une période assez désespérée, ont alimenté la musique et ça a donné quelque chose comme on n’avait jamais fait auparavant… La douceur et la tension sont toujours là, mais comme à chaque disque, on tente d’en apporter plus, de ne pas se répéter, et je crois que tout y est mieux défini, plus concis… Nous aimons beaucoup le défi musical, puis essayer de faire quelque chose de différent et de nouveau. Je crois qu’il vaut pleinement la peine de prendre ces risques", poursuit-il, ajoutant que sans être aussi dépressif que peut le laisser croire sa musique, il doute fort de se lancer prochainement dans les comptines yéyé. "Je ne suis pas du tout une personne dépressive. En fait, je suis conscient qu’en exprimant tout ça à travers la musique, je peux être vraiment chiant (rires), mais je ne suis pas au comble de la dépression, assis dans l’ombre, à piquer une crise… Je suis plutôt normal à cet égard; j’ai appris à gérer ces choses, et même à en tirer des bénéfices. C’est très inspirant, et c’est si facile de prendre une guitare ou un crayon et de sortir tout ça, et tellement libérateur… Je me considère chanceux d’avoir cette possibilité; je n’aime pas le mot don, mais c’est un peu ce que c’est. Tu t’entraînes à ces choses, tu les apprends, puis un moment donné, elles sont en toi…"

Le 7 mars à 21 h, avec Apparatus Complacency et My Cone Buddy
Au Kashmir

Voir calendrier Rock/Pop