La Chango Family : Pour la suite du monde
Musique

La Chango Family : Pour la suite du monde

Pour ses cinq ans, la Chango Family s’offre sa propre étiquette de disques et un album double conciliant scène et studio, où elle resserre son alliage de musiques du monde et affûte son discours.

Le ton est à la fête, les rythmes prônent l’ouverture, les sonorités appellent au rapprochement. Mais lorsque point l’essence du propos de son nouveau disque Babylon Bypass, la Chango Family se montre incisive et s’élève comme agitatrice de consciences sur une mer d’indifférence. "C’est un disque très politique", opine Lundo, chanteur, guitariste et père de la grande famille de 11 musiciens basée à Montréal. "On brasse la cage pas mal plus que sur le premier album", assure-t-il. Sur une pièce en apparence guillerette et inoffensive comme La Cocaracha, par exemple, Coke et McDo prennent une sévère raclée. Et Lundo ne mâche pas ses mots afin d’expliquer la teneur du texte, livré en espagnol: "Arrête d’acheter et de boire cette putain de daube, l’Arche jaune nous bouffe tranquillement la rate, nous vend de la vache folle, fait parquer ses bovins en Amazonie et participe à la coupe massive… Coca-Cola fait tuer des syndicalistes en Colombie, tout le monde le sait, et ce qui est hallucinant, c’est qu’il n’y a même pas de procès ou de recours collectifs pour faire tomber ces gros connards, envoie-t-il. C’est de ça que parle le disque, mais en même temps, avec beaucoup d’espoir, comme sur le morceau World Peace Riot: c’est ça qu’on souhaite, une émeute de paix mondiale! Parce qu’on est bien d’accord: on vit des temps de répression! Quand on est parqués dans une manifestation, mmmeeuuuuhhh! tous ensemble, sans pouvoir aller hors des sentiers battus, et qu’à la moindre incartade tu te fais matraquer la tronche, ne me fais pas dire que tu vis dans une démocratie, je suis désolé", insiste-t-il.

C’est donc aux commandes de sa toute nouvelle étiquette de disques maison, Zion Zone Recordz, que la Chango Family poursuit sa guérilla culturelle et entame le deuxième segment de son vaste tour du monde musical. "On est beaucoup plus forts avec notre propre label, note Matéo (trombone et arrangements des cuivres). On a réalisé que le mariage avec notre ancienne compagnie de disques, ça ne marchait pas vraiment. Ce n’était pas du tout le chemin qu’on souhaitait emprunter, alors ça "clashait" souvent… Nous, c’est un label équitable, parce que la relation avec l’artiste n’en sera pas une de commerce", poursuit-il. "Et toujours dans un esprit de coup de cœur absolu, enchaîne Lundo. Il n’y aura pas de "signer pour signer" afin d’obtenir des subventions; on va travailler avec du monde qui nous fait triper, dans un esprit d’indépendance", ajoute-t-il, soulignant l’autoproduction pleine et entière de Babylon Bypass. "Tout le monde a mis la main à la pâte et a donné du sien… Et c’est le public qui nous a forcés à l’indépendance, honnêtement; les jeunes au Québec, partout en province, nous ont dit: "Mais comment se fait-il qu’un groupe comme vous, qui dit ce que vous dites dans vos chansons, qui fait la guérilla à l’année longue pour brasser la cage, soit sur un gros label et soit booké par une grosse agence?" Ça a été une prise de conscience collective."

Le 29 avril
Au Maquisart

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La Chango Family
Babylon Bypass
(Zion Zone Recordz/Outside)