

Death From Above : Moi fille, toi machine
Le duo torontois Death From Above 1979 balance sa musique sauvage, sexuée et suintante par à-coups, veut sonner comme un éléphant dans votre salon et y réussit. Pas de doute, les deux font la paire.
Marie Hélène Poitras
À l’instar des White Stripes, ils sont au nombre de deux mais sonnent comme un band ("pourquoi voudrions-nous ajouter quelqu’un sur le payroll?"). D’un côté, il y a Sebastien Grainger, voix et batterie, et de l’autre, Jesse F. Keeler, basse et synthétiseur. Notez la grande absente à six cordes, car tout comme les Chicks on Speed, les deux Torontois de Death From Above 1979 peuvent clamer: "We don’t play guitar."
DFA 1979 lançait en 2004 un album dance-punk comme une décharge, un disque bien reçu, intitulé You’re a Woman, I’m a Machine, suintant, sexy, brutal et drôle, "comme les êtres humains dans la vie de tous les jours", précise Jesse Keeler. "Au moment d’enregistrer, on passait 15 heures par jour en studio… Nous étions devenus des robots, on ne réfléchissait plus, on s’exécutait, comme si on avait des œillères. On a oublié tout le reste, jusqu’à ce que l’album soit bouclé. À un moment donné, l’ancienne blonde de Sebastien a demandé: "Hé, viens-tu de dire: "You’re a woman, I’m a machine?"" Ce à quoi Sebastien a répondu: "Non… Mais c’est plutôt poignant comme énoncé", et ça rendait tellement bien ce qu’étaient devenues nos vies à l’époque."
DFA 1979 est connu pour donner tout ce qu’il a dans le ventre à chaque show, aussi "il n’y a plus de mots pour exprimer à quel point je suis claqué!" avance Jesse, joint quelque part en Pennsylvanie, en plein cœur d’une tournée qui lui passe sur le corps comme un truck. "Mais ça se déroule bien jusqu’ici, on joue souvent à guichets fermés."
Ni Jesse ni Sebastien n’avaient mené de projets musicaux auparavant. "On ne se souvient même plus comment on s’est rencontrés. On a l’habitude de mentir là-dessus, de dire que la rencontre a eu lieu en prison ou dans un salon funéraire. On avait des amis communs, je ne sais plus trop, en tout cas on a fini par se tenir ensemble, il y a deux ans, et on a formé un band." Plus complémentaires que similaires, affichant tous deux le désir aigu de travailler très fort et un intérêt marqué pour le rock, le punk et le breakdance, ils firent vite la paire.
Au bout de cette rencontre, après deux EP, apparaît ce disque signé par les deux hommes-éléphants (voir la pochette, bédéesque, sur laquelle chacun est affublé d’une trompe), qui est un assaut de rock sexué, sauvage, assumé, dans le son comme dans les textes apparemment très inspirés par le sexe opposé. "Les résultats sont super sexuels", entend-on (en français) sur Sexy Results, par-dessus un petit beat tribal, cheesy, juste avant l’invitation officielle: "Sexy girl meet me in the bathroom / Let me show you how I am full grown / My man wants to buy you something", sans que l’assaut ne devienne malsain pour autant, car tout ça frôle l’évidence, pulse comme un jet, tout ça est bien trop primitif, affirmé, éclatant et cocasse pour sombrer dans le labyrinthe d’amours sournoises et manipulatrices.
Si l’on peut dire du duo anglo-américain The Kills qu’il fabrique une musique érotisée, érogène, que VV et Hotel semblent s’aguicher l’un l’autre à force de se tourner autour comme ils le font, félins en spectacle comme sur disque, où l’on entend leurs voix coucher ensemble, si l’on file la métaphore jusqu’à DFA 1979, osons proposer à Jesse qu’il fait du "rock éjaculatoire". "(Rires) Marrant! Ça me convient tout à fait! C’est ce que tu as perçu? Je trouve ça hilarant!"
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Le 8 mai
Avec Controller.Controller et Uncut
Au El Salon
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