

Neal Gripp : S’ouvrir au monde
Neal Gripp organise son 5e festival de musique de chambre au Centre Canadien d’Architecture. Découvertes en perspectives.
Réjean Beaucage
Photo : Neal Gripp
Visible au CCA jusqu’en septembre, l’exposition Les années 60: Montréal voit grand se double d’un festival de musique de chambre qui colle au thème de l’expo en cours et en restitue les couleurs sonores. C’est Neal Gripp, alto solo de l’OSM, qui assure la direction artistique du festival qu’il lançait il y a cinq ans. "J’avais une grande amitié avec le directeur du CCA, Nicolas Olsberg, et nous avions des discussions où se mêlaient musique et architecture. Je suis devenu un habitué du CCA et un passionné d’architecture, et le festival est arrivé naturellement."
Cela lui donne l’occasion d’explorer un tout autre répertoire que celui de l’orchestre, bien entendu, et même, thématique oblige, d’interpréter de la musique contemporaine. "Je parlerais plutôt de musique moderne, explique Neal Gripp, un répertoire auquel l’OSM a quand même touché assez souvent avec Dutoit, avec qui on a joué plusieurs grandes œuvres de certains des compositeurs au programme du festival. Je choisis des musiques que je trouve belles, pas des exercices intellectuels, mais des œuvres qui s’écoutent avec plaisir, et qui se jouent aussi avec plaisir! Les musiciens sont curieux et ils aiment explorer ces œuvres qu’ils n’ont pas souvent l’occasion de jouer."
À propos des musiciens, on peut dire que M. Gripp est bien servi. Il invite bien sûr quelques amis de l’OSM: Theodore Baskin (hautbois), Jonathan Crow (violon), André Dufour (percussion), Ramsey Husser (violon), Timothy Hutchins (flûte), Stéphane Lévesque (basson), Brian Manker (violoncelle), André Moisan (clarinette), Brian Robinson (contrebasse), Jennifer Schwartz (harpe) et John Zirbel (cor)! Parmi les autres invités, on note les noms de Louise Bessette (piano), Martin Foster (violon), Hélène Guilmette (soprano), Laurence Kayaleh (violon), André Laplante (piano) et Claire Marchand (flûte); bref, de gros calibres. "Il y a tant de bons musiciens à Montréal, explique l’altiste, et je voudrais tous les inclure, mais il n’y a que quatre concerts…"
Pour illustrer le thème de l’exposition, c’est l’ouverture sur le monde que manifestait le Montréal des années 60 qui a frappé le directeur artistique: "Il y a eu l’Expo 67, bien sûr, mais aussi un impressionnant développement d’infrastructures, qu’il s’agisse du métro, de la Place Ville-Marie, des autoroutes… Montréal est devenue une grande ville internationale dans les années 60. Les compositeurs aussi s’ouvraient de plus en plus sur le monde." Notre homme, qui est originaire d’Alberta et a étudié à Juilliard (New York) avant de passer cinq ans à Ottawa avec l’Orchestre du CNA et d’arriver à l’OSM en 1990, en connaît lui-même un bout sur l’ouverture aux autres cultures. "J’explore donc dans ce contexte les liens entre les compositeurs d’ici et d’ailleurs" Claude Vivier est là, comme Serge Garant, Gilles Tremblay et Bruce Mather, tous trois cofondateurs, en 1966, de la SMCQ, à laquelle le dernier concert rend hommage. On pourra aussi entendre, entre autres, Messiaen, Stockhausen, Pärt, Davidovsky, Ligeti, Britten, Corigliano, etc. Un beau programme.
On ne peut parler à l’alto solo de l’OSM sans lui demander ce qu’il pense de Kent Nagano… Il s’enthousiasme: "Je suis très heureux de travailler avec lui, comme tout le monde, et pour plusieurs raisons: il adore Montréal, d’abord, mais aussi les musiciens, et c’est réciproque. Nous sommes très impressionnés par son intelligence, sa grande précision et son implication totale dans la musique. Lorsque nous avons joué la Troisième de Mahler, récemment, il est entré sur scène très vite, dans une concentration totale, sans regarder personne, et c’est seulement à la fin du premier mouvement, après 35 minutes, qu’il a pu nous lancer quelques sourires; c’était très impressionnant, il était complètement emporté. J’ai appris qu’il est aussi compositeur, mais il reste modeste pour le moment, il faudra attendre… Et puis il est altiste, comme moi, alors on s’entend bien!"
Les 5, 12 et 19 mai à 19 h 30 et le 15 mai à 14 h 30
Au Théâtre Paul-Desmarais du CCA
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