Four Tet : Humain après tout
Musique

Four Tet : Humain après tout

Four Tet, en équilibre entre chaos et eurythmie, agresse le jazz tout en lui faisant un enfant, défriche une zone qui va du post-rock à l’électro-minimalisme, conçoit une musique aussi euphorisante qu’une dose d’ecstasy.

Sauvages et sophistiqués, allergiques aux sentiers battus, par moments hypnotiques, les assemblages sonores de Kieran Hebden, alias Four Tet, donnent le vertige, médusent, entraînent l’auditeur vers un territoire qui, malgré une tenace racine électro, n’a rien de déshumanisant, bien au contraire: "Une de mes idées sur la musique, c’est que ça doit évoluer constamment, croître, ne pas se fixer en un lieu pour s’y installer. Pour moi, faire de la musique, c’est bien plus que d’enfiler des disques pour ensuite aller les recréer sur scène. En fait, je vois ça comme un organisme vivant. Mon premier album était plus près du jazz, ensuite je suis allé vers le folk… Sur mon plus récent, Everything Ecstatic, je crois m’être rapproché de quelque chose de plus singulier. J’ai pris mes distances face à certaines influences et je pense avoir développé un son qui soit mien", avance le jeune Britannique intercepté en plein milieu d’un tête-à-tête avec son laptop.

Le son dont il est question ici est raffiné, sorte de synthèse des idées de ce créateur que l’on pourrait situer dans une constellation d’artistes réunissant les Prefuse 73, Animal Collective et autres Caribou (ex-Manitoba, bon pote de Kieran Hebden). Un son qui joue tantôt sur une tension post-rock (voir la première pièce du disque, A Joy, défoulatoire), qui ne renie pas ses premières amours pour l’esprit libre du jazz – mais qui ne se gêne pas non plus pour le brutaliser et lui faire sa fête -, un son qui effleure au passage, du bout des doigts, les rondeurs du hip-hop, abordant avec la même méticulosité mélodies et motifs, textures, rythmiques foisonnantes et saturées (les drums viennent sous la forme de décharges), pour ailleurs défricher une zone plus électro-minimaliste où xylos et sonorités ténues invitent à quelque chose de plus intérieur, à une méditation, à un état qui élève l’esprit, rappelant même à l’occasion les premières expérimentations graciles de la formation islandaise múm, période Yesterday Was Dramatic – Today Is OK. Un aller simple vers l’exaltation, quoi.

"En fait, j’ai voulu que ce soit une célébration du potentiel euphorique et spirituel de la musique. J’ai rassemblé toutes les idées que j’avais développées sur la musique au fil du temps et j’ai surveillé ce qui allait apparaître au bout. Bien que je ne sois pas une personne très religieuse, je trouve fascinantes l’intensité et la conviction avec lesquelles les chanteurs gospel interprètent leurs chansons, à quel point ils ont l’air d’y croire. Ils s’adressent directement à Dieu, à une entité qui existe au-delà de la planète Terre et je trouve ça excitant de voir des gens employer la musique avec autant de ferveur. Ça m’inspire."

En terminant, comment Four Tet rêve-t-il que sa musique soit absorbée, comme on le dit d’une pilule d’ecstasy? "J’aime imaginer que des gens pourraient entendre ma musique dans un club, avoir envie de se mettre à danser et alors devenir très wild. Mais j’aime aussi imaginer qu’un jour une de mes pièces pourrait accompagner la scène où, dans les films romantiques, on voit le couple aller marcher sur le bord de la mer en se tenant main dans la main, manger de la crème glacée ensemble, se courir après en riant comme des fous. Que ma musique soit un jour associée à une telle scène est pour moi un scénario de rêve…"

Le 8 juillet
Avec Akufen
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