

Ramachandra Borcar : Ram en noir et blanc
Ramachandra Borcar a surpris les amateurs de musique électronique en lançant l’album Steel and Glass, directement inspiré des années glorieuses de l’étiquette Blue Note. Reste à séduire les puristes du jazz.
Olivier Robillard Laveaux
Photo : Joseph Yarmush
Lors de la parution du maxi El Pipo Del Taxi en 2003, Ramasutra promettait la sortie imminente d’un deuxième album complet. Deux ans plus tard, on attend toujours. N’agissant sous aucun pseudonyme, Ramachandra Borcar a plutôt composé trois trames sonores (Camping sauvage, Regular or Super et Familia de Louise Archambault, qui sortira en septembre prochain). Il a également réalisé trois albums (celui de Gaïa ainsi que les disques à venir de Catherine Potter et Lubo Alexandrov), en plus de trouver le temps d’écrire le thème musical de la sacro-sainte messe du dimanche soir: Tout le monde en parle. "J’ai le matériel pour écrire mon prochain disque, mais on me propose des projets que je ne peux pas refuser, soupire à la blague Ramachandra. J’espère finalement lancer mon disque cet hiver."
Que les projets pleuvent sous le ciel de Borcar ne nous étonne guère: le type est brillant. En lançant l’album Steel and Glass en février dernier, l’artiste réputé pour ses compositions électro déstabilisait ses fans avec panache en démontrant qu’il excellait tout autant dans un registre jazz. Composée pour le film Regular or Super de Joseph Hillel et Patrick Demers qui présente l’œuvre architecturale de Mies van der Rohe, la trame sonore s’éloigne des autres productions de Ram, mais elle comporte cette même recherche esthétique qui rend son travail agréable à l’oreille.
"Lorsqu’on m’a présenté le projet, je me suis dit que je devais accoucher d’une trame sonore qui respecterait la philosophie de van der Rohe: less is more. Je cherchais donc un genre où je pourrais utiliser un minimum d’éléments tout en conservant une certaine élégance. Je trouvais que la musique électro minimale ne cadrait pas avec la chaleur des édifices de l’architecte. J’ai opté pour le jazz."
Fidèle à son habitude, Borcar n’a rien laissé au hasard. En fait, il savait parfaitement où il se dirigeait. Au cégep, il jouait du vibraphone dans un programme jazz, alors qu’à l’université, il étudiait la composition. Se spécialisant en musique contemporaine et en électroacoustique, il apprit à décortiquer une pièce pour bien la comprendre. Et que faisait Borcar dans ses temps libres? Il analysait les classiques du jazz. "Je me suis rapidement épris des albums de l’étiquette Blue Note parus à la fin des années 50, début des années 60. À cette époque, la réalisation des disques de l’étiquette était confiée à Alfred Lyon, secondé de Rudy Van Gelder (aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands ingénieurs du son de l’histoire du jazz). J’ai donc travaillé en studio avec le même équipement d’enregistrement qu’ils utilisaient il y a 50 ans."
Accompagné d’une douzaine de musiciens (dont Thom Gossage à la batterie, Frank Lozano aux cuivres et Tommy Babin à la basse, qui ont aussi participé au compact), Ramachandra reproduira cette ambiance jazz rétro sur scène. "Je veux que la scène ressemble à une vieille photo en noir et blanc des années 50." Adeptes de Miles Davis, John Coltrane, Duke Ellington et Dexter Gordon, vous avez rendez-vous avec bien plus qu’un simple D.J. électro.
Le 9 juillet
Au Club Soda
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