

Susie Arioli Band : La mélodie du bonheur
Susie Arioli et Jordan Officer célèbrent leurs dix ans de scène et invitent les amis musiciens avec qui ils ont grandi, mais aussi le grand public, qui a su trouver dans leur naturel un puissant tonique.
Lelièvre Denys
Photo : Stéphane Najman
C’est la fête du Susie Arioli Band. Déjà 10 ans de carrière. Dix ans qui auront passé vite, mais qui furent fort remplis. Des concerts partout. Suivre l’itinéraire du groupe fait presque redécouvrir la carte géographique du Québec. Comme Oscar Peterson à son époque, Arioli et Officer écrivent, au présent, une belle page de l’histoire du jazz à Montréal. Esprit ludique, innocence, goût de la fête. Dix ans d’une belle histoire d’amour avec le Festival International de Jazz de Montréal qui leur donne carte blanche: "La formule avec invités permet aux musiciens d’exploiter différentes possibilités, et d’en tirer le plus grand profit. Y en a avec qui on a toujours eu des liens musicaux très forts, avec qui c’est très organique."
Le Susie Arioli Band convie donc le public à une série de cinq concerts au Cabaret Music-Hall, une grande rétrospective qui représente en quelque sorte un survol historique. Au fil des ans, le Susie Arioli Band a pris différentes formes. Les musiciens invités ont tous joué un rôle important dans l’évolution du band. Sauf pour le dernier concert, le déroulement de la soirée se fera en deux temps. Le mercredi 6 juillet: Stephen Barry (contrebasse et voix). Celui-ci a donné au blues un élan à Montréal, il a permis à ce genre de musique de connaître un essor: "Ça va donner à Stephen la possibilité de faire des choses qu’il ne fait pas toujours en spectacle et dont il a envie. Des chansons qu’il n’a pas nécessairement enregistrées sur disque. Le band se met à son service."
Les musiciens qui vont suivre rappellent une période déterminante, entre autres les mardis soirs au Barfly. Le jeudi 7 juillet: Robert David (voix, accordéon, harmonica): "Quand nous avons connu Robert, il y a sept ou huit ans, il jouait seul avec son accordéon et sa musique à bouche au Bistro Duluth. Il s’est imposé par sa générosité. Il a apporté sa propre couleur, plus country, dans un esprit proche de celui de Johnny Cash." Le vendredi 8 juillet: Michael Jerome Brown (voix, guitare). Cet Américain d’origine, véritable encyclopédie du blues, est vite devenu une référence incontournable à Montréal: "Michael va exploiter quelques chansons de ses disques: du cute old jazz swing time."
Le samedi 9 juillet: Peter Hay (lap steel) et le Western Swing Extravaganza avec Jordan Officer. Un petit goût de Nashville et des saveurs texanes: "Peter et Jordan entrecroisent savamment leurs lignes de guitare." L’instrumentation du concert du dimanche 10 juillet rejoint le présent: le Susie Arioli Band avec des cuivres. Aron Doyle (trompette), qui était sur le premier disque, et Danny Roy (saxophone), qui explosait sur That’s For Me: "Ensemble, Aron et Danny sont de méchants garnements!"
That’s For Me, justement, représentait à la fois une continuité et une évolution. Arioli et Officer désiraient à tout prix éviter d’être enfermés dans le swing, dans une formule. Depuis cinq ans, ils ont gagné de l’assurance. Leur curiosité, leur enthousiasme, leur énergie les ont amenés à transcender les genres. Leur musique offre plus que jamais une variété de styles liés au jazz des années 20, 30, 40, 50, mais qui ont parfois pour nom blues, rock’n’roll, country, western, pop. Voix, cordes, percussions et cuivres y festoient, des Boswell Sisters à Peggy Lee, du stomp de Fletcher Henderson à la guitare d’Al Casey. Mais l’album That’s For Me boucle sans doute en quelque sorte un cycle: "Ça nous aura pris quelques disques pour comprendre. Cette série de concerts permet de revisiter les chansons. On est en train de préparer le prochain album, on se demande comment reproduire le charme, tout en se renouvelant. À l’occasion de ce 10e anniversaire, on a réalisé qu’on voulait faire quelque chose de différent et on apportera quelques changements. Le groupe passera de quatre à sept musiciens: un percussionniste (pour me libérer un peu) et deux chanteurs. Sur le disque, il s’agira des frères Jayson et Sheldon Velleau. Ils viennent de Calgary, ils ont beaucoup travaillé en duo. Ce qu’on aime des chanteurs issus d’une même famille, c’est qu’ils chantent ensemble de manière très naturelle. Jayson et Sheldon utilisent leurs voix discrètement, juste pour donner une couleur, créer une texture. Par moments, leurs voix sonnent comme un cuivre, ou encore comme un violon."
Pour Susie Arioli et Jordan Officer, les catégories s’effacent plus que jamais. Ce que le jazz a de mieux à offrir, n’est-ce pas la liberté? "Sur le prochain disque, nous ferons une pièce de Fred Astaire, By Myself, et deux nouvelles pièces instrumentales de Jordan. Surtout, nous toucherons au country-pop des années 70, autour de six ballades de Roger Miller." Ce dernier est décédé en 1992, à l’âge de 56 ans, d’un cancer de la gorge. Il était aussi proche de Hoagy Carmichael que de Hank Williams. En 1965, ce fut l’instant de gloire avec le hit King of the Road. Voix grave s’il en est une, semblable à celle de Barry McGuire des New Christy Minstrels. À la fin des années 60, début 70, au lieu de se concentrer sur le country, il renoua avec les racines du honky-tonk. Comme Jordan Officer, il sera multi-instrumentiste: guitare, banjo, violon. Il laisse un fort héritage, mais peu exploité: "Peu de gens ont repris ses chansons. Bien sûr, nous reprendrons King of the Road. C’est tellement coloré. Miller fait aussi une belle version de la chanson de Jim Webb By the Time I Get To Phoenix."
Le succès de Susie Arioli et de Jordan Officer ne leur a pas monté à la tête: "On ne peut que se sentir encouragés par ces gens qui nous aiment. Nous recevons beaucoup de courriels, de lettres qui nous permettent de ressentir un lien véritable avec notre public. Cela donne à notre carrière toute sa légitimité." Le public aime bien le rapport amoureux que vivent les deux musiciens sur scène, sorte de family affair: "Une grande part de ce succès vient de cette spontanéité, de cette attitude très naturelle. Nous poursuivons tous les deux la même quête. Pour nous, et pour le public, la scène permet une sorte de catharsis." D’une part, le bel artificier des sons, de l’autre, une voix qui donne à l’âme un visage.
Du 6 au 10 juillet
Au Cabaret Music-Hall
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