Gatineau : Rap-Art
Musique

Gatineau : Rap-Art

Gatineau détonne de la scène rap locale par d’ambitieuses compositions énergiques électro et par des textes lucides, brillants et truffés de références culturelles. Rencontre.

Lorsqu’il entre en scène, le rappeur Séba déambule de manière disloquée, comme s’il cherchait à suivre le rythme musical sans pour autant céder à des mouvements précis et calculés. Accompagné de ses collègues de Gatineau, le dos cabré, il regarde la foule tout en poussant quelques cris instinctifs rappelant Busta Rhymes. Puis, c’est l’explosion. Gatineau enchaîne les grooves poignants, les pulsations drum’n bass et les passages expérimentaux électro. Bien en avant, Séba saute, rape, gueule, danse et change de costume pour incarner les différents personnages qu’il anime dans ses pièces. Cette totale liberté d’expression – la vraie, pas celle qui nous permet de dire des âneries en direct sur les ondes – nous porte à considérer le quatuor comme un ovni parmi la scène rap québécoise.

Installés dans un café, les cerveaux de Gatineau, Séba et le producteur Sa Sucreté, se défendent pourtant d’être avant-gardistes: "Nous sommes le produit de plusieurs années d’écoute musicale, soutient Sa Sucreté. Je viens d’un milieu jazz et musique actuelle. J’aime l’électronique, mais j’ai vraiment accroché sur le progressif. Oui, nous jouons du hip hop, mais nous ne restons pas figés dans un style. Nous voulons des grooves "bounce le gros" tout en explorant sans contraintes." La formation travaille même sur une composition de 7 à 8 minutes (véritable mini-pièce de théâtre) qui se diviserait en plusieurs segments. Un projet beaucoup plus proche de Genesis et de David Bowie que de Dr Dre.

Outre le bagage musical de Sa Sucreté, l’ouverture d’esprit de Séba jette également un peu de lumière sur l’approche Gatineau. Passionné de théâtre, de dessin, de photo, de cinéma et de littérature, il fit ses premiers pas sur scène lors de diverses nuits de poésie: "En participant à ces manifestations, je me suis rendu compte que les narrateurs manquaient de dynamisme. Je voulais donc me créer une identité propre, mais sans parler à la française. J’ai commencé à rapper. Je jouais davantage avec le rythme et la sonorité des mots." Influencé par les Beastie Boys et privilégiant les allitérations poétiques à la manière des Loco Locass, le MC conserve une entité très québécoise. D’ailleurs, entre deux pièces plus salées chantées par son alter ego MC Brutalll, Séba aime faire référence au folklore comme sur Set Carré. "Le rap fait référence au ghetto, aux racines. Je suis un Québécois. Mon grand-père était bûcheron et disait "maudite-marde-de-crisse-de-baptême-de-calvette" et ma tante faisait des tartes. J’aime le Québec, mais je n’écrirai pas de chanson pour nous sauver des libéraux. Je cherche plus à préserver une certaine culture."

L’art, Séba le découvrit seul à la maison en autodidacte, de 14 à 17 ans, après que le directeur de son école secondaire l’ait foutu à la porte. "Je passais mes journées enfermé à apprendre. J’écoutais un film de Woody Allen. Un personnage faisait allusion à Andy Warhol. J’allais alors me renseigner sur Andy et je découvrais le Velvet Underground qui m’amenait sur d’autres pistes de réflexion."

Séba a finalement étudié en lettres au Vieux-Montréal et en cinéma à Saint-Laurent. Aujourd’hui, il écrit des pièces intitulées Dans le ventre du dragon ou Le freak de Montréal où il juxtapose plusieurs phrases du répertoire d’Aut’Chose. Séba figure même dans le Dictionnaire des poètes d’ici de 1606 à nos jours. Merci au principal qui l’a renvoyé.

Le jeudi 6 octobre
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