Sébastien Lacombe : Cinéma maison
Musique

Sébastien Lacombe : Cinéma maison

Sébastien Lacombe a tout pour plaire: un sens indéniable de la mélodie, une voix rugueuse, une belle gueule… et les Disques Atlantis derrière lui. Gageons que vous le fredonnerez  bientôt.

Avec de tels atouts en poche, le jeune auteur-compositeur-interprète pourrait se laisser gagner par l’enthousiasme. Mais non, son tempérament s’y oppose: quoi qu’il fasse, la mélancolie le rattrape. "C’est pas un état désagréable, précise Sébastien Lacombe. Et en plus, c’est dans les moments de mélancolie que je compose. Mes chansons sont presque toujours en mineur."

On s’en aperçoit vite en écoutant son tout premier album, Comme au cinéma, lancé le 27 septembre dernier. Si le disque est loin d’être déprimant, il faut admettre que Lacombe s’y montre sous un jour plutôt gris. À la croisée de la pop et du folk, les pièces qui y figurent tanguent tantôt vers le rock, tantôt vers le world, suivant la couleur que leur donne la guitare. Elles évoquent Jean Leloup, Daniel Bélanger, Paul Piché… Bref, c’est un disque qu’on écoute comme on rentre chez soi: on a la clé, il fait chaud, on sait ce qu’il y a dans le frigo. Pas beaucoup de nouveauté, mais après tout, on n’a pas tous les jours envie d’aller au restaurant.

"La musique que je fais est super simple: pas de quintes diminuées ni d’accords incroyables. Ce qui m’intéresse, c’est la mélodie – et ce que je raconte, bien sûr. Le réalisateur Cristobal Tapia de Veer a bien compris ça. Il m’a même incité à simplifier davantage certaines pièces. Des fois, t’as joué une toune avec tellement de musiciens différents qu’elle finit par ne plus ressembler à rien. Ça fait du bien de travailler en studio: on retourne à l’essentiel."

À le regarder fumer sa cigarette, les sourcils légèrement froncés, on se dit que Sébastien Lacombe ne doit pas s’éloigner souvent de l’essentiel. Écrire les textes de ses chansons lui permet de réfléchir sur les hommes et la société. Il se contente donc rarement d’une histoire: il en tire une leçon, ébauche une réflexion. "Je n’ai aucune tendance ésotérique, mais je crois que je suis une vieille âme. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies. C’est peut-être parce que j’attire les confidences… Tant de gens m’ont raconté leur histoire, j’y ai forcément appris quelque chose."

Au cours des dernières années, Sébastien Lacombe a en tout cas appris à travailler sérieusement. Car s’il a toujours espéré vivre de sa musique, il ne s’est attelé à la tâche qu’assez récemment. Ce retard ne l’a pas empêché de remporter quelques prestigieux concours, dont Ma Première Place des Arts en 2003. "C’est drôle, les concours. J’y ai presque toujours chanté la pièce Gaspard, qui raconte l’histoire d’un homard rêvant de gloire. Je l’ai écrite pour me secouer un peu, parce que j’avais tendance à m’apitoyer sur mon sort. Eh bien, certains jurys l’ont adorée, tandis que d’autres l’ont carrément descendue."

Les critiques négatives et les passages à vide n’ont toutefois pas eu raison de Sébastien Lacombe. Fort de l’enthousiasme que suscite son album, le jeune musicien entamera bientôt une tournée de plusieurs mois qui le mènera aux quatre coins du Québec et peut-être même en Europe, où il a déjà reçu un bon accueil.

Sébastien Lacombe
Comme au cinéma
(Atlantis)