Jean-Pierre Ferland : Savoir quitter la table
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Jean-Pierre Ferland : Savoir quitter la table

Avant de faire ses adieux, Jean-Pierre Ferland nous dit au revoir. À 71 ans, il tire dignement sa révérence dans un dernier spectacle.

"Je ne veux pas vous dire adieu, mais je vous avoue que je suis sur mon départ. J’ai creusé une magnifique carrière dans la roche dure. Avec le temps, l’eau de pluie l’a comblée. Et j’irai m’y baigner, de temps en temps, avec ma femme, mes enfants et mes petits-enfants, en me souvenant de vous. Je vous remercie de m’avoir connu", écrit Jean-Pierre Ferland. Questionné sur la raison de sa retraite de la scène alors qu’il est encore au sommet, musicalement et dans le cœur de ses fans, il n’a qu’une réponse: "J’essaie de trouver de bonnes raisons et la seule que j’ai, c’est que j’ai 71 ans! Cette décision est la plus difficile de toute ma vie, car je suis encore très en forme et heureux. Mais justement, je veux quitter en plein succès. Je pars presque par orgueil, je veux laisser une belle image." Comme chante Aznavour, il faut savoir quitter la table…

Ferland admet d’ailleurs qu’il ne comprend pas pourquoi ce dernier continue à faire des tournées. Il trouve triste de voir des gens chanter à 80 ans, ajoutant qu’il faut être extrêmement beau (!) pour faire des spectacles. Sans compter qu’il ne souhaite pas voir ses salles se vider inexorablement au fil des années: "Une des grandes tristesses que j’ai eues, c’est quand j’ai vu Félix Leclerc incapable de remplir la Place des Arts. Ça, ça m’a fait beaucoup de peine. Je ne veux pas passer par là, je ne veux pas me retrouver avec un public plus vieux que moi. L’année dernière, tout juste avant que je ne monte sur scène, une de mes fans est décédée d’une crise cardiaque! Je n’en veux pas une deuxième!"

Mais de continuer à travailler comme il le fait, n’est-ce pas une bonne façon de se garder jeune? "Je n’ai absolument pas peur de vieillir. Quand j’avais 45 ans, j’aimais beaucoup une femme qui m’a laissé tomber pour un homme de 60 ans. C’est comme ça que j’ai réglé mon problème avec le vieillissement. La seule chose qui me fait peur avec la vieillesse, c’est que les femmes ne m’aiment plus." Sa vie a ainsi été une recherche constante de la beauté, confesse-t-il. Comme bien des musiciens, il a fait ce métier pour rencontrer des femmes; à ce niveau, on peut dire qu’il n’a pas raté sa carrière… "J’ai toujours été comblé parce que j’étais populaire. Ça ne me dérange pas que les femmes m’aiment parce que je suis chanteur, surtout avec la gueule que j’ai. Quand on vient au monde moche, on ne peut qu’embellir avec les années."

S’il quitte la scène, Jean-Pierre Ferland ne rentrera pas dans ses terres, à Saint-Norbert, pour aller s’éteindre lentement. Comme il a toujours bien réglé sa vie, c’est lui qui choisira l’heure de sa mort. En attendant, il reste encore beaucoup à faire. D’abord écrire. "J’ai fait la promesse à quatre de mes amis, Kevin Parent, Daniel Bélanger, Éric Lapointe et Michel Rivard, de leur écrire une chanson, promesse que je vais tenir." Avec son complice François Cousineau, il veut terminer l’écriture de sa nouvelle comédie musicale, Madame Simpson, qui raconte l’histoire d’amour d’Édouard VIII et de Wallis Simpson. Il va aussi continuer à monter à cheval, mais surtout, il veut passer du temps à jouer au grand-père. "Parce que j’ai le sentiment d’avoir été un très mauvais père, aujourd’hui, je me reprends avec mes petits-enfants. J’essaie de les rendre heureux, pour qu’ils fassent de bons garçons et de bonnes filles."

3 FOIS FERLAND: L’HISTOIRE DE SA VIE

Ce dernier tour de chant, 3 fois Ferland, qu’il dit être son meilleur spectacle, est un survol de près de 50 ans de carrière. Et quelle carrière! Que d’incontournables depuis Les Immortelles, Ton visage… et quelques classiques aussi, dont chacun connaît les refrains. Comment choisir parmi un aussi monumental répertoire? "J’ai d’abord réécouté toutes mes chansons. J’ai ensuite identifié trois périodes bien distinctes, qui deviennent ainsi les trois parties du spectacle."

La première, intitulée Ton visage, comprend ses toutes premières chansons, celles qu’il ne chante plus depuis très longtemps, comme Les enfants que j’aurai, Les Immortelles, Les Fleurs de macadam. "L’époque où j’ai tout appris. Où je me suis aperçu que je savais quoi faire avec mes mains et mes bras sur scène; où j’ai donc mis ma guitare de côté pour chanter les bras libres."

La deuxième partie, c’est la période Jaune. Avec Le Petit Roi, Quand on aime on a toujours 20 ans, Sing Sing, God Is an American et Le Chat du Café des artistes, probablement la meilleure suite de cinq pièces de l’histoire de la chanson québécoise. "Le plus près du rock que je suis allé. C’était une grosse décision, en 1970, de réaliser un tel trip musical."

La troisième et dernière partie commence avec le disque favori de Ferland, le très serein et accompli Écoute pas ça, enregistré en 1995. "On l’a créé ici, chez nous, dans ma cabane à sucre. Quand mes musiciens m’ont demandé ce que je voulais faire avec ce disque-là, j’ai répondu: "Je ne veux pas qu’il passe à la radio et je ne veux surtout pas qu’il se vende. Je le fais pour moi et pour faire plaisir à la femme que j’aime en ce moment." Enregistrer cet album a été un moment de grâce. Quand tout coule de source, quand on a du plaisir, les chansons sont meilleures. La meilleure de toutes mes chansons, Je ne veux pas dormir ce soir, se retrouve d’ailleurs sur Écoute pas ça."

À la fin de l’entrevue, le "merci beaucoup" du chanteur sonne différemment. C’est plutôt nous qui vous remercions, monsieur Ferland. Nous irons donc remplir vos salles. Une dernière fois.

Le 18 novembre
À l’auditorium d’Alma

Les 19 et 20 novembre
À l’auditorium Dufour
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