Nelligan : Je me souviens
Musique

Nelligan : Je me souviens

La sortie de l’album Nelligan nous a servi de prétexte pour piquer une jasette avec Richard Séguin, l’une des vedettes de l’opéra écrit par Michel Tremblay et André Gagnon.

Sorti tout juste avant le temps des Fêtes, le CD double de l’opéra Nelligan s’avère un bon choix de cadeau à offrir à tout amateur de littérature, de belle chanson ou de culture québécoise au sens large. On y chante la vie d’Émile Nelligan (1879-1941), qui fut sans doute le poète le plus célèbre du Québec. L’histoire de cet artiste, qui a presque tout écrit avant d’avoir 20 ans et de sombrer dans la folie, nous plonge à la fin du XIXe siècle, dans une famille entredéchirée par un père anglophone et une mère francophone.

Le CD a été enregistré par la radio de Radio-Canada les 18 et 19 février 2005 à la Place des Arts. L’œuvre, écrite par Michel Tremblay, mise en musique par André Gagnon et orchestrée par Gilles Ouellet, est interprétée par l’Orchestre symphonique de Montréal dirigé par Jacques Lacombe. Les chansons sont portées par de grandes voix: Dominique Côté (Émile jeune), Daniel Lavoie (Émile vieux), Pierre Flynn (David Nelligan, le père d’Émile), Kathleen Fortin (Émilie Hudon, la mère d’Émile), Sylvie Tremblay (Françoise, une protectrice et amie d’Émile), Daniel Bélanger (Charles Gill, un ami d’Émile) et Richard Séguin (le père Seers).

"C’est un petit rôle", mentionne Séguin, qui se sent tout de même privilégié d’avoir interprété Eugène Seers. "C’était un personnage plein de contradictions. Il a défroqué, il a quitté l’Europe pour s’en venir ici. Il était d’avant-garde, il était au courant de tous les textes d’Europe qui étaient mis à l’Index au Québec. Et il était fasciné par l’écriture de Nelligan."

IL Y A 15 ANS

En 1990, lors de la création de l’œuvre, André Gagnon avait pensé à Séguin pour interpréter le rôle du jeune Nelligan. En pleine tournée de Journée d’Amérique, l’auteur-compositeur avait été contraint de refuser. "Quand André m’a téléphoné et il m’a dit: "je ne veux pas que tu me dises non deux fois!"" rigole-t-il.

Richard Séguin, qui en était à sa première expérience du genre, commente l’aventure: "Il faut vraiment que tu oublies tes mécanismes de chanteur pop, dit-il. Il faut oublier notre égo et être au service de la partition." Et l’expérience avec orchestre s’est avérée inoubliable pour lui. "C’est comme si tu te retrouvais au sommet d’une montagne et que tu avais devant toi un horizon immense, magnifique et à perte de vue. Tu voudrais tout saisir, mais en même temps, il faut que tu sois très présent, car il faut que tu regardes où tu poses le pied, illustre-t-il. Nelligan, c’est une belle histoire, bien racontée."

Effectivement. Dès les premières mesures, Michel Tremblay nous plonge dans la folie d’Émile avec la chanson Tout me fait peur: "J’ai les yeux fous et je louche/Du côté des paradis perdus/Quand j’ai trop bu/J’écris des vers corrompus/Qui font mal et qui pourtant me touchent." Le CD comprend plusieurs moments forts: une merveilleuse Chasse-galerie interprétée par Daniel Bélanger, L’Indifférence chantée par Sylvie Tremblay, le poignant duo entre Pierre Flynn – le père immigrant irlandais – et Dominique Côté – le fils francophone renié. "Tu m’as échappé il n’y a plus rien en toi que je reconnais. […] Tu as choisi ta mère… la langue de ta mère, les idées de ta mère… Tu es un Hudon. Émile Hudon, poète, fils d’Émilie Hudon."

Richard Séguin dit qu’il serait prêt à rendosser les habits d’Eugène Seers si d’autres représentations se préparaient. "L’aventure Nelligan est tellement grande. […] C’est important qu’on salue des œuvres qui parlent de nous."

Actuellement, il travaille à la création d’un nouvel album. "Je suis dans l’écriture par-dessus la tête! Ça va bien. J’aimerais revenir avec un album à peu près dans le même temps l’année prochaine."

Nelligan
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