

Atach Tatuq : Chronique d’une mort annoncée
Atach Tatuq se compose de huit M.C., de deux D.J. et de deux B-Boyz (breakdancers). Un collectif dans l’esprit du Wu-Tang Clan qui mise sur la diversité, l’originalité et la profondeur.
Olivier Robillard Laveaux
Le clan Atach Tatuq ne fait rien comme les autres. Alors que les dernières tendances rap sont aux assauts club, où les rythmes assurément dansants poussent les basses fréquences à l’avant-plan, le collectif, mené musicalement par DJ Naes, alias Toast Dawg, donne pour sa part dans une musique moins virulente, plus lounge, aux relents de funk et d’acid jazz. Un constat qui s’applique aussi à la scène, puisque l’ensemble se démarque par ses décors, enchaînements et mises en scène. Même sur le plan marketing, rares sont les groupes de la relève qui annoncent leur future séparation au moment de lancer un album, comme ce fut le cas l’été dernier alors que la bande livrait son deuxième effort, Deluxxx. Plutôt suicidaire comme stratégie de mise en marché, n’importe quel relationniste de presse vous le confirmera.
"Nous donnerons des concerts tant qu’il y aura de la demande, explique le rappeur et ex-Traumaturges Égypto. Mais pour ce qui est de la fin d’Atach Tatuq, elle était inévitable. À moins de moyens extraordinaires, un collectif comme le nôtre n’est pas viable à long terme. Même si le groupe s’est formé de manière plus accidentelle que planifiée, nous sommes bien conscients de ses avantages: meilleure diversité, impact supérieur sur le milieu, plus de possibilités en concert. Mais là, tous veulent acquérir leur liberté. Se commettre dans leur art, sans aucune concession."
Au-delà d’une mort annoncée, la formation a vendu jusqu’à maintenant près de 5000 exemplaires de Deluxxx. Après avoir vu son clip pour la pièce Australie (chantée par la rappeuse Dee) en rotation sur MusiquePlus, le groupe vient de terminer le vidéo du prochain extrait, Plastiq doré. Une autre preuve que le cardiographe d’Atach Tatuq détecte toujours une activité accrue.
Son succès, le groupe le doit à son originalité, bien sûr, mais aussi à sa profondeur. On se creuse la tête chez le combo, qui produit sans doute les meilleurs textes rap francophones québécois du moment. Leurs réflexions se poursuivent d’ailleurs lors de conversations avec les fans. "On ne peut pas blâmer un kid de 15 ans qui croit que le hip-hop se résume à 50 Cent. Le rap est devenu comme la pop. Ce sont toujours les mêmes pièces qui tournent sur les ondes. Nous cherchons par contre à pousser leur intérêt. Leur parler des racines du rap. Leur dire qu’Internet est un bon moyen de découvrir les pionniers du mouvement. Ce côté plus éducatif manque sur la scène québécoise. Comment se fait-il qu’aucun groupe d’ici n’offre de version vinyle de ses compacts? C’est parce que huit formations sur dix n’ont même pas de D.J. C’est facile de faire du rap avec ton ordi, mais avant, il faut te renseigner sur ce qui s’est produit avant ta naissance."
Le vendredi 10 février
Au Club Soda
Portes: 20 h 30, concert: 22 h
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