

Delirium : Franchir le mur du son
Delirium déballe son groove et ses couleurs au Centre Bell. Écho du plus récent délire solaire.
Tristan Malavoy-Racine
Photo : Joseph Yarmush
Imaginez un bon gros show rock d’aréna, avec un bass drum un peu trop fort et l’énergie contagieuse d’un groupe qui sue et gesticule. Imaginez encore un dispositif scénique futuriste, avec personnages volants non identifiés et trappes à surprises; un truc à faire baver d’envie les Stones ou U2. Imaginez enfin les hallucinations incarnées de tous les spectateurs plus ou moins défoncés. Vous y êtes presque…
Delirium, l’ambitieuse nouvelle production que le Cirque du Soleil présentait en première mondiale au Centre Bell, le 26 janvier, se veut le plus délirant spectacle de tournée jamais présenté en aréna. Il en visitera d’ailleurs plusieurs, des arénas, puisqu’une centaine de villes nord-américaines l’accueilleront au cours des prochains mois.
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| Guy Laliberté dans le brouhaha de la première médiatique de Delirium, le 26 janvier au Centre Bell. Photo: John Londono |
Une fois encore, les Montréalais jouent un peu les cobayes, assistant aux premiers tours de roue d’une machine énorme, dont il faudra évidemment resserrer quelques boulons. Après une très belle séquence en premier tiers de spectacle, qui nous promène d’un univers aquatique à un tableau africain tout en percussions, puis à l’atmosphère feutrée d’un cabaret sud-américain, on traverse une phase longuette, sans grand éclat, que viendront briser un peu tard quelques prouesses de cirque traditionnel: acrobaties au sol, numéro de cerceaux époustouflant…
Malgré ces rappels occasionnels confirmant que nous assistons bel et bien à un happening circassien, la musique est toujours au premier plan, les musiciens occupant toujours une partie sinon l’intégralité de la scène. Le concept initial de Delirium, c’est d’ailleurs l’amalgame d’une vingtaine des meilleures chansons du répertoire du Cirque, ici remaniées par Francis Collard. Un genre de best of, même si les hooks sont plus rares qu’on l’espérait. Mis à part l’Alegria final et quelques temps forts, ça ne casse pas la baraque. Et on ne peut blâmer pour cela les interprètes, dont Jacynthe, qui livre la marchandise, et l’extraordinaire Dessy di Lauro, une habituée du Cirque (et, pour les nostalgiques, première muse de l’excellent groupe montréalais Bullfrog…).
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| Photo: Joseph Yarmush |
Les véritables vedettes de Delirium, ce sont Michel Lemieux et Victor Pilon, maestros du multimédia et metteurs en scène de ce vaste objet hybride. Avec son voile translucide souvent tendu devant la scène et qui permet le déploiement de décors plus grands que nature, avec ses écrans géants équivalant à quatre écrans IMAX, le résultat se décline en mille possibles, et le personnage pivot de cette histoire sans histoire, un type suspendu à une bulle qui voyage d’un univers à l’autre, verra les alentours se transformer sans cesse.
Répétons-le, Delirium gagnera sûrement beaucoup au fil des soirs. Il n’aura jamais la signature franche d’un Varekai ni l’âme d’un Corteo, mais sera vécu comme un exceptionnel divertissement, dont quelques tableaux sont de purs poèmes.

