Raffi Armenian : Sacrée soirée!
Musique

Raffi Armenian : Sacrée soirée!

Raffi Armenian mélange ses deux orchestres pour Le Sacre du printemps à l’église Saint-Jean-Baptiste. Va y’avoir du monde à’ messe!

Le chef d’orchestre Raffi Armenian a une carrière impressionnante. Il a dirigé la plupart des grands orchestres canadiens et on l’a entendu souvent à l’Opéra de Montréal. Arrivé au pays en 1969, il devenait en 1971 directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Kitchener-Waterloo et, jusqu’en 1993, il a grandement contribué à relever le niveau de cet orchestre jusqu’à celui des grands. La salle où se produit cet orchestre porte aujourd’hui son nom. Parmi les nombreux enregistrements auxquels il a participé, Woody Allen choisissait celui de L’Opéra de quat’sous, de Kurt Weill, pour la trame sonore de son film Shadows and Fog. En 1981, il commençait à enseigner la direction d’orchestre au Conservatoire de musique de Montréal et à y diriger l’orchestre symphonique; ça fera 25 ans cette année, mais il ne se soucie pas de savoir s’il recevra une montre en or: "Je ne pense pas à ce genre de choses. Ce qui m’intéresse, c’est que les jeunes profitent des chefs-d’œuvre que nous jouons et que ce soit fait le mieux possible."

C’est de Toronto, où il passe trois jours chaque semaine, que me parle Raffi Armenian. Il y dirige l’Orchestre symphonique de l’Université de Toronto, un ensemble de 80 musiciens, plus costaud que celui du Conservatoire de musique de Montréal, avec sa quarantaine de musiciens, mais encore trop petit pour interpréter comme il se doit plusieurs œuvres du répertoire symphonique. Cependant, le prof a songé il y a déjà quelque temps qu’il aurait l’orchestre idéal… en réunissant les deux!

Le nombre n’est cependant pas tout. À sa création en 1913, Le Sacre du printemps, de Stravinski, était considéré comme quasiment injouable par les orchestres professionnels; on l’interprète maintenant avec un orchestre d’étudiants? "La musique a fait des progrès énormes du côté technique depuis cette époque, explique le chef. Or, on a gagné en technique, mais on a perdu du côté de la personnalité. Aujourd’hui, les différentes interprétations d’une œuvre se ressemblent toutes énormément parce que, plutôt que de lire la partition, on veut que ça sonne comme l’"enregistrement de référence", et c’est catastrophique parce que l’on perd le compositeur en chemin pour imiter quelqu’un d’autre."

On a entendu tellement de versions différentes du Sacre, qui est devenu un standard après avoir bouleversé le monde de la musique à sa création, que l’on cherche chaque fois LA bonne interprétation… Comment l’aborder alors? "Il faut savoir une chose, explique Raffi Armenian, c’est que Stravinski n’aimait pas les interprètes! Il voulait que l’on joue exactement ce qui est écrit. Après avoir entendu une interprétation du Sacre par Karajan, Stravinski était allé lui demander de qui était cette œuvre qu’il venait d’interpréter… Mon approche consiste donc à coller à la partition." Reste qu’elle est difficile, cette musique… Le bassoniste qui ouvre l’œuvre en solo dans les plus hautes notes de son instrument doit quand même avoir quelques sueurs froides, non? "Non, parce que, justement, je lui demande ce qui est écrit. Avec le temps, ce début est devenu quelque chose de très sentimental, mais ce n’est pas du tout comme ça que l’on doit le jouer. C’est une prière païenne, ce qui est bien différent. Stravinski le disait souvent: c’est devenu beau, mais ça ne devrait pas l’être…" Que cela n’effraie personne, Le Sacre reste l’une des plus belles œuvres du 20e siècle, et voilà une occasion en or pour la découvrir. Au même programme: la Symphonie no 10 en mi mineur, op. 93, de Dmitri Chostakovitch.

Le lundi 6 février
À l’église Saint-Jean-Baptiste
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