

Supergrass : Les arpents verts
Supergrass vient nous présenter sa mini-symphonie pastorale, Road to Rouen, enregistrée dans la cambrousse française. Entretien avec le batteur du groupe, Danny Goffey.
Michel Defoy
C’est de son domaine rural que Danny Goffey nous téléphone. Étrange: on imaginait parfaitement ce jeune musicien hyperactif en bibitte urbaine, mais en gentleman farmer, mmm… non, vraiment pas. Or, voilà qu’on apprend que Goffey se la coule douce à la campagne, là où il habite dans une immense demeure avec femme et enfants. "Je me suis laissé pousser la barbe et je m’amuse à porter des britches et tout le tralala", lance-t-il sur un ton badin.
Remarquez, le batteur n’est pas le seul à apprécier le parfum des vaches. Ses camarades de Supergrass aussi. Le groupe n’a-t-il pas enregistré son dernier album en Normandie, dans une vieille étable convertie en studio? "Oui, c’est un endroit très chouette qui appartient à Gaz et à Rob (respectivement guitariste et claviériste) et qui nous a servi de quartier général pendant notre séjour là-bas", confirme Danny Goffey.
C’est dans cet environnement bucolique qu’est né le cinquième disque du quatuor originaire d’Oxford. Sorte de mini-symphonie pastorale, Road to Rouen est empreint d’une certaine mélancolie, voire d’une tristesse qui rompt avec l’impétuosité et la folie coutumières. Un disque de rock? Par endroits, oui. Mais les meilleurs morceaux, parmi lesquels figurent les gracieuses St. Petersburg et Low C, se démarquent par la finesse de leurs arrangements et le caractère chagrin de leur mélodie. De la musique (pop) de chambre, grave et belle.
FACTURE MOINS ÉPICÉE
"Les séances d’enregistrement avaient commencé dans la bonne humeur, dit Danny Goffey. On avait établi un plan d’attaque et tout, mais des événements liés à nos vies personnelles ont bouleversé le cours des choses. Du coup, on a eu du mal à finir. Les textes sont arrivés sur le tard et ont pris une couleur plus sombre qu’à l’accoutumée", avance-t-il pour expliquer la facture douce-amère du matériel figurant sur Road to Rouen.
On remarquera du reste un changement d’approche sur le plan de l’exécution. Les pièces, souvent plus calmes, se prêtent à des arrangements moins chaloupés. "Comme ces chansons sont plus douces, dit Goffey, il n’y avait pas lieu de s’exciter derrière les tambours. L’idée, c’était de se mettre au service de la musique."
Excellent programme qui, en phase avec l’évolution de Supergrass, semble confirmer une bifurcation vers des horizons plus paisibles. On ne trouvera pas grand-chose à y redire. Sinon que, à 35 minutes, Road to Rouen fait bref. Avec une paire de titres inspirés de plus, nos garçons auraient pu assembler leur magnum opus. "J’avoue qu’il y a deux chansons supplémentaires qu’on aurait peut-être dû inclure, pense Danny Goffey. Je ne sais pas jusqu’à quel point elles auraient cadré dans le moule, par contre. Il y en a une, en tout cas, que j’aurais aimé ajouter. Elle resurgira peut-être sur le prochain disque."
Prochain disque? Ça, c’est si le groupe ne se décide pas à laisser tomber la culture rock pour plutôt se mettre à cultiver ses quelques arpents verts. Ce quatuor ne s’appelle pas Supergrass pour rien.