Gonzales : Leçons de piano et de vie
Musique

Gonzales : Leçons de piano et de vie

Gonzales avait donné un concert épatant en octobre dernier. Le Parisien d’origine montréalaise est de retour et retrace le parcours atypique qui l’a mené de la scène électro berlinoise jusqu’à ses collaborations avec les Katerine, Feist, Birkin, Daft Punk et Charles Aznavour de ce monde.

Connaissez-vous Gonzales? Même si vous avez loupé ce récital unique à l’automne, vous connaissez quand même beaucoup mieux Chilly Gonzales que vous ne le croyez. Avec Renaud Letang, à Paris, il forme un des tandems de réalisateurs/producteurs/arrangeurs les plus en vue, ayant bossé avec, entre autres, Jane Birkin, Feist, Manu Chao, Katerine, Charles Aznavour, Dani. Ami de la sulfureuse Peaches et pote avec Daft Punk, c’est lui qu’on entend taper des mains avec Feist sur Mushaboom, ou discuter avec Katerine du recours au conditionnel passé première forme sur Marine Le Pen (album Robots après tout, dans lequel Gonzales s’est beaucoup investi). C’est aussi lui qui pianote pour Birkin et lui écrit de temps en temps de bien jolies bluettes comme Living in Limbo, une chanson qui se retrouve sur le dernier opus de Jane, intitulé Fictions.

Jouer en pantoufles, dans un salon peut-être, mais sur les planches, dans un contexte de récital, c’est plutôt rare. Un détail tout à fait révélateur du rapport qu’entretient Jason Beck (sa véritable identité) avec la musique. Casser l’image du musicien coincé, limite nerd, qui joue d’un instrument en virtuose quasi autiste, sans s’adresser au public, niché dans une tour d’ivoire inébranlable. "Je suis là pour faire l’amour au public, pas pour me masturber devant lui", nous avait-il révélé l’automne passé lors d’un entretien téléphonique depuis son studio à Paris. "Les musiciens classiques ont appris qu’il faut respecter cette musique. Mais à la fin, c’est comme s’ils avaient trop de respect pour elle, et pas assez pour leur public. Je connais des musiciens qui n’ont pas nécessairement un charisme extraordinaire, mais qui, une fois sur scène, sortent le démon qu’ils ont en eux… Il faut trouver quelque chose, ou sinon se déguiser en robots et ne pas donner d’entrevues, comme Daft Punk. Il y a toujours une solution, une façon d’entrer en contact avec les gens."

Entertainer avant tout

"J’ai obtenu un diplôme en composition classique et en performance jazz à l’Université McGill. C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de faire de la musique non pas dans un sens académique, mais plutôt pour toucher les gens de mon âge. Pendant mes études, j’ai découvert plein de trucs intéressants sur la musique, mais en même temps un exemple négatif en ce qui a trait à sa pratique. J’ai su assez vite que je n’avais pas la personnalité pour rester dans un environnement académique, que je voulais être un entertainer avant tout, dans le but de toucher le plus de gens possible, même si ma musique n’est pas commerciale."

Par la suite, il est devenu, durant quelques années aux côtés de Peaches, cet entertainer tout de poil, de sueur et de satin rose associé à l’underground berlinois. Quelques disques méconnus ici mais ayant obtenu un certain succès dans les réseaux électro surtout européens ont suivi entre 2000 et 2002: Gonzales Uber Alles, The Entertainist, Presidential Suite, sous le très pertinent label électro berlinois Kitty-Yo (qui célébrait l’an dernier ses 10 ans). Rien ne laissait présager que Gonzales allait ressurgir tout en délicatesse et en mélodie, sans ses bidouillages, ses boucles, son smoking kitsch et son flow. Il fallut oublier l’ironie avec laquelle il avait abordé le rap, car c’est en élève déférent qu’il réapparut, visitant l’école pianistique française, pour présenter une bien jolie collection de miniatures, un album exclusivement instrumental inspiré d’airs connus de Satie, Debussy, Ravel et Fauré (les pièces sur Solo Piano vont rarement au-delà de trois minutes), et qui laisse entendre au passage l’effleurement des touches et les mouvements de pédales. Il rit un peu dans sa barbe: "En effet, c’est pas rassurant d’être fan de Gonzales, parce que c’est pas hyper-clean du côté clarté du style, tu vois… Je sais jamais ce qui m’attend, les rencontres que je peux faire, qui m’emmènent dans toutes sortes de directions…"

Jusqu’à son arrivée en France, Gonzales entretenait une grande fascination pour Françoise Hardy. "Quand j’ai fait l’album Rendez-vous de Jane (Birkin), il y avait un duo avec Françoise Hardy, alors moi qui voulais absolument bosser avec elle, j’étais ravi… Elle est venue, ça s’est vraiment mal passé, elle a pas du tout aimé mon travail, y avait pas de chimie. Elle a écrit une lettre à la maison de disques pour dire que mes arrangements étaient "atrocement vieille chanson française". Ça m’a donné une belle leçon de vie, comme quoi les accidents, les trucs inattendus, parfois c’est mieux que les fantasmes."

Le 9 juillet à 20h30
Au Grand Théâtre
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