La scène métal estrienne : Rrroooaaarrr!
Musique

La scène métal estrienne : Rrroooaaarrr!

Quelque part dans les catacombes de Sherbrooke résonnent les cris gutturaux et stridents d’une scène musicale en pleine ébullition. Gros plan sur le métal estrien.

De page MySpace en page MySpace, l’étonnement se transforme en incrédulité devant la pléthore de formations: Sinaside, TheyWereUs, Memories of an Old Man, Aesth, Blame Adrianne, Smelly Pedros, Unveil, Reasons of a World in Pain, Krisis, Reborn to Ashes, Oxylium, Kemilion, A Liar’s Truth, Threshold of Pain, Brazen Hell, Darkmill. Le métal en Estrie n’est pas un microphénomène.

Philippe D’Astous, chanteur-guitariste de Korpius dont nous sollicitons les lumières, ne ménage pas ses mots: "Présentement, la scène est à un sommet que j’ai jamais vu. Aux shows, la moitié des gens dans la salle sont membres de bands."

Disquaire chez Musique Cité, le principal fournisseur de galettes métal en ville, Jean-François Ouimet y voit l’aboutissement de la persévérance de certains promoteurs. "C’est rare que les shows organisés sont mauvais", soutient-il en louant du même souffle le travail d’un Martin Bolduc, vétéran derrière Grind.Scene Produx, qui invite les fleurons du métal québécois et international à se secouer la crinière sur les planches de la région. Celles, plus souvent qu’autrement ces jours-ci, du Bar Le Magog. "Le propriétaire Raymond Patry met à la disposition des groupes la salle et le kit de son. C’est un gros plus", explique Simon Bertrand, administrateur du forum de discussion Sherbrooke Metal Scene.

VIOLENTS AMBASSADEURS

Consensus chez les intervenants interrogés: le métal sherbrookois fonde beaucoup d’espoirs en Korpius. Mai 2008, tous les spectateurs avaient levé le poing bien haut lors de sa performance en première partie de Cryptopsy (pilier du métal québécois) et consenti à se faire passer dessus par le panzer sonique de la formation. Une force de frappe – coups de double grosse caisse mitraillés, assourdissants solos de guitares, death growls d’outre-tombe – acquise en sillonnant la province.

D’Astous remarque qu’il s’agit là du principal défi qui attend dans le détour les groupes estriens. "Être invité ailleurs, c’est la petite étape la plus difficile à passer. En 2004-2005, on capotait, on se demandait comment faire des shows à l’extérieur. La journée où on a signé avec Cryogenic (étiquette de Rouyn-Noranda, la mecque du métal), oups, c’est comme si les gens nous portaient plus attention."

NI TOUT NOIR, NI TOUT ROSE

Hors du radar des médias traditionnels, les organisateurs de spectacles métal ont été parmi les premières victimes de la chasse aux affiches sur les poteaux du centre-ville de Sherbrooke, intensifiée depuis mars dernier. "On entend souvent les gens dire qu’ils ne savent pas quand il y a des shows", signale Ouimet. Sur la Toile depuis 2007, le forum Sherbrooke Metal Scene s’avère on ne peut plus utile pour pallier ces obstacles à la diffusion.

Le metalhead Bertrand rêve par ailleurs d’une salle ouverte aux mineurs, un projet hasardeux qu’ils sont nombreux à caresser, mais qui tarde à se concrétiser. "Le Magog est toujours là, sauf qu’il y en a qui aimeraient mieux avoir un lieu dirigé par les gens de la scène, pour les gens de la scène", fait valoir D’Astous.

DETERRER LE PASSE

Il est permis de croire que les métalleux d’aujourd’hui peuvent rugir aussi fort grâce aux inspirants bâtisseurs ayant pavé la voie. À la table des matières du livre d’histoire figurent Liva (toujours actif), Cripple Crew et Gorguts, récemment remis sur les rails par son leader Luc Lemay et qui revendique un des plus hauts faits d’armes du métal d’ici, soit deux albums parus au début des années 90 sur la révérée étiquette Roadrunner. "C’est mon band culte, proclame D’Astous. C’est dans les premiers disques que j’ai achetés et je ne savais même pas que ça venait de Sherbrooke!"

www.myspace.com/sherbrookemetalscene

À écouter si vous aimez /
Les cris, la distorsion, les cheveux longs