

Cake : Pas le temps de souffler les bougies
Cake s’est toujours démarqué par un son et par une attitude formaliste. La recette de ces musiciens émérites pour qui tout semble si simple? Y aller à leur rythme.
Antoine Léveillée
Photo : Robert Knight
Le groupe californien Cake ne fait pas les choses comme tout le monde. C’est peut-être ce qui explique une si longue absence sur le marché du disque. Si on exclut la compilation B-Sides & Rarities qui est parue il y a trois ans, depuis Pressure Chief (2004), c’est le silence complet côté studio. En discutant avec un des membres fondateurs, le trompettiste et claviériste Vincent DiFiore, nous nous rendons bien compte que faire un disque pour cette formation demeure quelque chose de précieux. Même Columbia Records n’a pu la faire changer d’idée.
"Ça prend du temps pour mettre fin à un contrat de disques, explique DiFiore. Tu sais comment ça marche? Peu importe les circonstances, il faut que tu respectes leur agenda – un album aux trois ans – et leur logique commerciale qui, elle, ne veut plus rien dire. Nous, nous avons toujours cru aux groupes qui savent durer. Autrement dit: slow down! Ou sinon, tu seras jeté aux oubliettes. En prenant cette pause discographique, nous avons fait des tournées, et à notre rythme. Pour Cake, un disque ne sort que lorsqu’il est prêt."
L’attente ne sera pas trop longue: janvier 2011. Pourvu maintenant d’une indépendance qui lui fait le plus grand bien, Cake a finalisé une sixième production à la hauteur de ses standards artistiques raffinés et dans un environnement personnalisé. Directement de Sacramento, le musicien nous décrit le studio d’enregistrement que le groupe a mis sur pied, là-bas, il y a plus de deux ans. "C’est une petite maison, toute simple, mais nous avons l’équipement nécessaire pour enregistrer. Et cet endroit ne fonctionne qu’à l’énergie solaire! Pour notre conscience personnelle, c’est très agréable."
"Quand tu y penses, renchérit-il, nous sommes devenus nos propres ingénieurs de son. Je réécoute parfois le travail que nous avons accompli avec les albums Comfort Eagle et Fashion Nugget. J’apprécie tout de même l’expertise des gens qui nous entouraient à cette époque, mais maintenant, on peut se concentrer sur des détails musicaux qui nous sont chers."
Nous sommes donc en face d’un groupe qui a su cultiver des convictions sociales et environnementales en parallèle d’une carrière musicale en marge sur le plan esthétique. Même si le chanteur John McCrea et ses complices se sont toujours définis comme un band de rock modeste, le militantisme n’a jamais été très loin.
"C’est si difficile aujourd’hui de ne pas paraître hypocrite dès qu’on se montre idéaliste, constate DiFiore en riant. Le meilleur moyen de ne pas faire l’hypocrite, c’est de faire ce que l’on peut. Comme le gars d’à côté. Si un groupe de musique veut survivre, il doit voyager et faire des tournées. C’est notre cas, et c’est pour cela qu’on veut faire l’achat d’un autobus biodiesel. On est conscients que cette action n’aura pas d’impact majeur sur l’environnement. Ça ne va pas changer le monde. On fait ce qu’on peut et surtout c’est notre décision."
À écouter si vous aimez /
Weezer, King Missile, Wilco