

Caribou : Nage synchronisée
En lice pour le prix Polaris, Swim nous immerge dans un océan sonore aussi dense qu’accessible. Du grand Caribou, une fois de plus.
Olivier Robillard-Laveaux
"C’est sans doute l’une de mes principales frustrations en tant que musicien. Juste parce que je suis détenteur d’un doctorat en mathématiques, les gens me présentent comme une espèce de savant fou qui compose à l’aide de formules algébriques… C’est passé à côté des premières motivations qui m’ont amené vers la composition. La musique est intuitive, pas mathématique", lance le Canadien Dan Snaith (le cerveau de Caribou) à propos des journalistes qui qualifient ses pièces électro ambiantes de petits chefs-d’oeuvre scientifiques.
"Seul dans mon studio maison, il m’arrive fréquemment de fermer l’écran de l’ordinateur pour ne plus voir le graphique d’une piste sonore et me concentrer uniquement sur le son." Ici réside le secret pour apprécier la musique de Dan Snaith à sa juste valeur: se concentrer sur le son. Les albums Up In Flames (lancé sous le sobriquet de Manitoba), The Milk of Human Kindness, Andorra ou le plus récent Swim prennent tout leur sens lorsque consommés sous casque d’écoute. Les sons voguent d’une oreille à l’autre, les textures s’entremêlent, les subtilités se détachent du spectre sonore tapissé de synthétiseurs, de cuivres, de basses, d’échantillons et de beat tantôt lounge, tantôt club.
Vaste champ exploratoire sur Swim, les percussions et la rythmique qui en découle y occupent une place prépondérante. Pour se défaire de l’étiquette pop-psychédélique-années-60 qu’on lui avait accolée avec Andorra, Caribou ne pouvait mieux faire que puiser son inspiration dans les nombreux bars où il officie à titre de DJ. "Mon année 2009 peut se résumer à trois activités: travailler sur ma musique, me baigner (sa blonde lui a offert des cours de natation) et me rendre dans des clubs pour voir mes amis DJ ou pour moi-même oeuvrer derrière la console. Ainsi, plusieurs pièces de Swim n’ont même pas été conçues pour figurer sur le disque, mais pour être utilisées lors de mes DJ sets. Le jeudi, je pouvais décider de me donner trois jours pour finir une pièce et la tester en club le samedi. C’était excitant puisqu’avec Andorra, je devais attendre la sortie de l’album pour connaître la réaction du public. Cette fois, c’était instantané. Je travaillais sur une chanson dans la journée et je recevais des commentaires le soir même."
Caribou pouvait alors corriger le manque d’éclat de certains sons ou déceler quels passages méritaient d’être allongés pour accroître le potentiel hypnotique de ses compositions, l’une des grandes forces de Swim. Le disque figure d’ailleurs parmi les dix encore en lice pour le prix Poralis remis au meilleur album canadien de l’année. Une récompense qu’a déjà gagnée le compositeur pour l’acclamé Andorra en 2008. Inutile de se lancer dans une grande analyse de ses chansons, déjà fort complexes, pour comprendre son succès. Dan Snaith maîtrise trois éléments fondamentaux. D’abord, il affiche une maîtrise sonore exemplaire: l’équilibre entre la chaleur des instruments organiques et la froideur des programmations électro est parfaitement balancé. Puis, bien qu’il évolue dans un milieu électro, il possède un redoutable sens mélodique garant de l’accessibilité de ses compositions malgré – et là réside son troisième atout – un goût raffiné pour l’exploration.
"Pour moi, les meilleures pièces sont celles qui t’accrochent l’oreille dès la première écoute, mais qui présentent aussi un côté plus bizarroïde, un peu comme celles de Timbaland ou de Serge Gainsbourg. C’est pour ça que je cherche toujours à fusionner ces aspects. Un musicien n’a pas à choisir entre pop ou expérimental. Il est toujours libre de tout mélanger. Tu n’as pas à choisir entre sonner comme Lady Gaga ou comme Stockhausen. Tu peux sonner comme les deux en même temps!"
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Four Tet, DJ Shadow, Brian Eno
Un album double en concert
Caribou vient de faire paraître un album double, format vinyle uniquement, enregistré lors d’un concert spécial présenté en septembre 2009 lors du festival new-yorkais All Tomorrow’s Parties. Pour l’occasion, l’artiste rock-électro-psychédélique était accompagné d’un orchestre de 15 musiciens, dont Kieran Hebden (Four Tet), Luke Lalonde (Born Ruffians), Koushik Ghosh (Koushik), le leader du Sun Ra Arkestra (Marshall Allen), une section de cuivres et cinq percussionnistes. "Ça faisait partie de mes fantasmes. Plutôt que de jouer entouré de cinq ou six musiciens sur scène, je voulais être capable de recréer en direct presque tous les sons de mes pièces. Il fallait bien le faire une fois, et y arriver avec plusieurs créateurs dont je respecte énormément le travail était un rêve." L’album, incluant aussi un DVD du concert, est offert exclusivement lors des spectacles de Caribou.