Caribou : Nage synchronisée
Musique

Caribou : Nage synchronisée

En lice pour le prix Polaris, Swim nous immerge dans un océan sonore aussi dense qu’accessible. Du grand Caribou, une fois de plus.

"C’est sans doute l’une de mes principales frustrations en tant que musicien. Juste parce que je suis détenteur d’un doctorat en mathématiques, les gens me présentent comme une espèce de savant fou qui compose à l’aide de formules d’algèbre… C’est passé à côté des premières motivations qui m’ont amené vers la composition. La musique est intuitive, pas mathématique", lance le Canadien Dan Snaith (le cerveau de Caribou) à propos des journalistes qui qualifient ses pièces électro ambiantes de petits chefs-d’oeuvre scientifiques.

"Seul dans mon studio maison, il m’arrive fréquemment de fermer l’écran de l’ordinateur pour ne plus voir le graphique d’une piste sonore et me concentrer uniquement sur le son." Ici réside le secret pour apprécier la musique de Dan Snaith à sa juste valeur: se concentrer sur le son.

Vaste champ exploratoire sur le plus récent Swim, les percussions et la rythmique qui en découle y occupent une place prépondérante. Pour se défaire de l’étiquette pop-psychédélique-années-60 qu’on lui avait accolée avec le précédent Andorra, Caribou ne pouvait mieux faire que puiser son inspiration dans les nombreux bars où il officie à titre de DJ. "Mon année 2009 peut se résumer à trois activités: travailler sur ma musique, me baigner (sa blonde lui a offert des cours de natation) et me rendre dans des clubs pour voir mes amis DJ ou pour moi-même oeuvrer derrière la console. Ainsi, plusieurs pièces de Swim n’ont même pas été conçues pour figurer sur le disque, mais pour être utilisées lors de mes DJ sets. Le jeudi, je pouvais décider de me donner trois jours pour finir une pièce et la tester en club le samedi. C’était excitant puisqu’avec Andorra, je devais attendre la sortie de l’album pour connaître la réaction du public. Cette fois, c’était instantané. Je travaillais sur une chanson dans la journée et je recevais des commentaires le soir même."

Caribou pouvait alors corriger le manque d’éclat de certains sons ou déceler quels passages méritaient d’être allongés pour accroître le potentiel hypnotique de ses compositions, l’une des grandes forces de Swim. Le disque figure d’ailleurs parmi les dix encore en lice pour le prix Poralis remis au meilleur album canadien de l’année. Une récompense qu’a déjà gagnée le compositeur pour l’acclamé Andorra en 2008. Inutile de se lancer dans une grande analyse de ses chansons, déjà fort complexes, pour comprendre son succès. Dan Snaith maîtrise trois éléments fondamentaux. D’abord, il affiche une maîtrise sonore exemplaire: l’équilibre entre la chaleur des instruments organiques et la froideur perçante des programmations électro est parfaitement balancé. Puis, bien qu’il évolue dans un milieu électro, il possède un redoutable sens mélodique garant de l’accessibilité de ses compositions malgré – et là réside son troisième atout – un goût raffiné pour l’exploration.

"Pour moi, les meilleures pièces sont celles qui t’accrochent l’oreille dès la première écoute, mais qui présentent aussi un côté plus bizarroïde, un peu comme celles de Timbaland ou de Serge Gainsbourg. C’est pour ça que je cherche toujours à fusionner ces aspects. Un musicien n’a pas à choisir entre pop ou expérimental. Il est toujours libre de tout mélanger. Tu n’as pas à choisir entre sonner comme Lady Gaga ou comme Stockhausen. Tu peux sonner comme les deux en même temps!"

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