

Dirty Projectors : Chants de baleines
Les Dirty Projectors lançaient en juillet un mini-album sur lequel les voix, celle de Björk notamment, investissent tout l’espace ou presque, EP inspiré par la grâce d’une baleine aperçue du haut d’une falaise… Explications.
Marie Hélène Poitras
Explorations vocales à l’avant-plan, orchestrations minutieuses, traces d’afrobeat et de r&b à partir d’une base folk/rock décloisonnée dans laquelle cohabitent de multiples directions… Le son des Dirty Projectors est situé à des kilomètres du easy-listening et des réflexes pop (quoique le meneur Dave Longstreth se déclare grand fan de Lil’ Wayne et de Justin Timberlake). Entrer dans cette forêt tortueuse est exigeant pour l’auditeur, qui doit accepter de s’engager dans des avenues multiples et parfois contradictoires. "J’apprécie la musique qu’on doit écouter attentivement pour en saisir la logique. Et j’aime que les choses progressent ainsi dans la vie aussi, qu’au début la situation paraisse un peu trouble, inquiétante, et qu’ensuite s’opère un renversement", révèle Longstreth joint à Brooklyn où il vit.
Qu’on kiffe ou pas la musique des Projectors, le groupe s’est trouvé une alliée et une fan de taille en la personne de Björk, rien de moins, qui partage avec eux, comme on a pu le voir sur Medúlla, un intérêt pour les explorations vocales. "On s’est rencontrés en 2007 à Londres. Elle était venue à un de nos shows, c’était à l’époque de Rise Above, je crois. Puis, on s’est revus à l’occasion d’un concert-bénéfice dans une librairie à New York. J’ai composé quelques chansons pour l’occasion, ça s’est mis en place très rapidement on a eu une semaine pour répéter… Ça fait dix ans que Björk est l’une de mes idoles, ça a été assez thrillant comme expérience, tant et si bien qu’on a décidé d’enregistrer les chansons. Je pense qu’elle a aimé nous voir travailler les harmonies vocales; quant à moi, j’ai trouvé fantastique de voir se déployer toute sa puissance créatrice." Résultat: cet été, les Dirty Projectors et leur nouvelle amie ont lancé le EP Mount Wittenberg Orchestra. "Les profits amassés lors de sa vente (en ligne au mountwittenbergorca.com) iront à la préservation de certaines zones, dans l’océan, où les poissons pourront nager tranquilles, un peu comme avec les parcs nationaux. C’est cool comme contribution, mais je ne vois pas ça comme un grand geste charitable, je ne suis pas quelqu’un de particulièrement vertueux, je dirais même que c’est un peu égoïste de ma part."
Dans la discographie des Projectors, on retrouve quelques albums conceptuels, comme The Getty Address (2005), inspiré de la vie du chanteur et musicien Don Henley (membre des Eagles), et Rise Above (2007), sur lequel le groupe revisite, de mémoire, des chansons de l’album Damaged de Black Flag… Quelle illumination farfelue se cache derrière le mini-album qui doit son nom à une montagne de la Californie? "Amber (Coffman, harmonies vocales) y a aperçu des baleines et cette vision a lancé l’album." L’interprétation de la partition d’une maman baleine par Björk, c’est dans le très charmant, mais ne vous attendez pas à entendre les chansons du EP lors du prochain passage des Projectors au National: "Personne ne peut remplacer Björk… À moins qu’on s’y mette tous ensemble? On verra."
À voir si vous aimez /
Medúlla de Björk, Deerhoof, Fredo Viola