Jérôme Minière : Le yin et le yang
Musique

Jérôme Minière : Le yin et le yang

Jérôme Minière présente un disque où le vrai se distingue du faux et une série de clips où le faux se distingue du vrai.

Au fil des semaines, avant la sortie de son nouvel album Le Vrai le faux, Jérôme Minière a fait paraître sur son site (jeromeminiere.ca) une série de 12 clips en noir et blanc. Toutes sortes de petites histoires et d’anecdotes, mais aussi certains questionnements mi-sérieux sur l’état de l’industrie du disque qui nous laissaient croire que le prochain album de Minière serait un peu farfelu et légèrement parodique. Or il n’en est rien, ou presque. Le nouveau Minière est beaucoup plus pop et concis qu’on l’aurait pensé. "Je me suis posé plein de questions avant de monter ce disque et je me suis dit que ce serait bien de lutter contre mes propres défauts et de me battre avec moi-même pour essayer de faire un truc un petit peu plus concis, parce que j’ai souvent tendance à m’étaler, avoue en s’esclaffant Jérôme Minière. J’avais envie qu’il ait un peu plus de muscle aussi. Je trouve que Coeur (son précédent album) n’est pas un disque avec du rythme et je pense que ça me manquait. En ce qui concerne les clips, c’est venu du fait que je me demandais comment procéder pour sortir un disque en 2010. C’est ce qui m’a mené à l’idée de faire 12 petits vidéos, autant qu’il y a de chansons sur l’album. J’ai hésité avant de me lancer parce que les clips ne sont pas reliés nécessairement au contenu des chansons. Je voulais faire une sorte de making-of, mais au lieu que ce soit des choses réelles, ce sont plutôt des anecdotes, de la fiction. Si j’ai tenté d’être clair et pas trop complaisant en créant un disque très concis et simple, je me suis plus lâché et étalé dans les vidéos. C’est le yin et le yang, le vrai et le faux."

Le Vrai le faux, ce sont des chansons aux accents qui rappellent une certaine pop alternative de la fin des années 80 ou début 90; un disque effectivement plus costaud que ce à quoi Jérôme Minière nous avait habitués au cours des dernières années. "Il y avait des musiques de mon adolescence qui me plaisaient et que je voulais revisiter, acquiesce Minière. Je cherchais des énergies et des sons que j’aimais. Et il y a aussi plein de groupes apparus au cours des dernières années qui m’ont ramené à mes premières amours, des trucs comme Micachu ou The XX. Ça m’a fait revenir à My Bloody Valentine ou aux Pixies, des choses que j’écoutais quand j’étais plus jeune en France. Cependant, mon but n’était pas de faire du faux pop-rock anglais des années 80-90, mais bien de garder quelque chose de ça. Soit une énergie, soit quelque chose dans la musique, mais sans que ce soit révisionniste. Je pense que ce disque est un peu comme un retour aux sources."

Le Vrai le faux est aussi un disque de rencontres, celles avec Albin de la Simone qui ajoute claviers et synthés sur deux chansons, la chanteuse Dawn Cumberbatch qui prête sa voix à deux titres, le chanteur d’origine congolaise Ngâbo, dont l’album paraîtra sous peu et auquel Jérôme Minière a collaboré, et finalement Bïa qui colore de sa jolie voix la chanson Avril.

Si Le Vrai le faux n’est pas un album-concept ou avec une ligne directrice, le titre reflète certaines choses qui taraudent l’auteur. "À chacun son interprétation du titre, mais je dirais qu’à la période où j’écrivais mon album, j’étais excédé de réaliser à quel point les histoires ont du pouvoir, que la limite entre la fiction et la réalité est de plus en plus floue", admet Jérôme Minière, toujours aussi affable et accueillant. "En politique, par exemple, Obama doit trouver un bon scénario pour faire passer une proposition de loi ou une décision. Et il y a des gens, des genres de scénaristes, qui lui créent toute une histoire pour lui permettre de vendre ses idées. Ça nous ramène au vrai et au faux."

Jérôme Minière
Le Vrai le faux
(La Tribu / Dep)
À écouter si vous aimez /
Albin de la Simone, Dominique A, Mathieu Boogaerts