

K.Maro : Rappeur chic
K.Maro partage son temps entre la gestion d’artistes, la production et sa propre carrière. Ses ambitions tiennent le coup, et il nous revient sur disque en français avec l’album 01.10.
Antoine Léveillée
On peut facilement se représenter Cyril Kamar, mieux connu sous son nom d’artiste K.Maro, en homme d’affaires redoutable. En tant qu’impresario et producteur de l’artiste française R&B Shy’m (Tamara Marthe), il se trouve en plein tourbillon promotionnel en France au moment de cette entrevue. Sortie d’album, plateaux télé et entrevues à la chaîne: autant de facettes du métier que K.Maro supervise pour sa recrue signée sur son label K.Pone.Inc Music Group, qu’il a fondé en 2004.
L’artiste hip-hop, qui a fait ses débuts avec LMDS en 1993, n’a pas mis trop de temps à comprendre les rouages du métier. "Mon temps est majoritairement consacré à la gestion de K.Pone et des artistes qui y sont signés, illustre-t-il. J’ai fait une petite exception cette année avec la parution de mon nouvel album 01.10, que je voulais sortir en priorité au Québec. Je me retrouve en Europe exclusivement à titre de producteur; mon disque n’est pas encore sorti là-bas. Disons que, parfois, ça peut devenir compliqué de combiner l’horaire de l’artiste avec celui du producteur."
Bien au fait du marché européen, K.Maro avoue que la tâche n’est pas toujours simple là-bas. Le territoire est vaste et les artistes s’y bousculent. Se démarquer devient alors un défi perpétuel dans une industrie musicale en perte de vitesse. "Tu vois, pour le disque, les ventes ont diminué de 40 %. Le téléchargement commercial de la musique, lui, n’a augmenté que de 17 %, résume-t-il. On n’arrive pas à compenser le manque. En France, le marché est souffrant, encore plus qu’aux États-Unis. Un artiste doit avoir une personnalité unique pour s’illustrer. Ça a été le cas pour Coeur de pirate, par exemple. Quand une artiste arrive et qu’elle se démarque avec autant de personnalité, elle sort du lot. Pour les autres, qui ne font que répéter une formule musicale anglo-saxonne – comme c’est le cas, je pense, pour plusieurs groupes québécois -, ça peut devenir plus compliqué."
On a l’impression que ce prodige de la production a fait tous les compromis artistiques pour arriver à ses fins. Plus enclin à la pop qu’à la musique urbaine proprement dite (ce qu’il avoue sans complexes, surtout pour 01.10, très dance music), et porté sur la conception d’une image promotionnelle qui traduit en gros celle des vedettes américaines, K.Maro a vite compris qu’il fallait faire de la musique pour vendre un fantasme. "Ce n’est pas seulement une question de genre musical, c’est plutôt une façon de présenter un son un peu plus mainstream. Comme les Américains l’ont compris il y a des années, il s’agit d’aller faire une excursion dans des zones différentes pour que notre musique (le hip-hop) se fasse entendre, voilà tout. Si tu te cantonnes dans un son underground, il ne faut pas t’étonner du résultat médiatique et du manque de couverture. Les médias répondent encore à une demande précise: celle du public."
À écouter si vous aimez /
Flo Rida, Lupe Fiasco, Kanye West