Hilary Hahn : La fée au violon
Musique

Hilary Hahn : La fée au violon

La violoniste Hilary Hahn retrouve des compositeurs de prédilection dans un récital qui n’est pas dépourvu de défis. Place au prodige.

La jeune violoniste américaine Hilary Hahn est un phénomène. Elle a été consacrée sur la scène classique en 1997 alors qu’elle s’est retrouvée chez Sony Music avec un contrat de disques exclusif en poche. Et elle n’avait que 14 ans… Son premier album, dédié à Bach, est sorti la même année et les critiques ont été unanimes. La constance et la discipline avec lesquelles cette interprète a mené sa carrière depuis sont exceptionnelles. Son répertoire s’est élargi à une vitesse ahurissante et les concertos se sont multipliés, tant en concert que sur disque. Et pas n’importe lesquels: Chostakovitch, Stravinski, Meyer, Schoenberg… Le plus surprenant, c’est qu’avec elle, on peut revenir sur ces interprétations sans même remarquer son jeune âge.

Dans le romantique comme dans le moderne, Hilary Hahn réussit à occulter une technique qu’elle maîtrise pour asseoir une interprétation instinctive. En récital, on ne peut s’attendre à un programme de bienvenue, mais bien à des oeuvres qui se démarqueront par leur signature moderne, telles que la Sonate pour violon et piano no 4 du compositeur américain Charles Ives. "Celle-ci se retrouvera sur mon prochain disque, nous indique la violoniste, maintenant associée à l’étiquette Deutsche Grammophon. C’est déjà enregistré et c’est toujours agréable de revenir sur une oeuvre qu’on a beaucoup travaillée en studio. Le récital, c’est tout autre chose; on a l’impression qu’on respire un peu plus!"

Là ne s’arrête pas le périple américain, car la Sonate pour violon et piano no 1 de George Antheil suivra celle d’Ives. "J’aime revenir à cette sonate. C’est toujours une découverte! Et ne va pas croire que j’ai choisi cette pièce parce qu’elle est d’un compositeur américain. La première fois que j’ai été mise en contact avec cette musique, j’étais sûre que c’était européen!"

"Je ne considère pas cette pièce comme une oeuvre d’avant-garde typique, ajoute-t-elle. Ce genre d’oeuvre où la technique vous impose un défi strictement physique. Pour moi, c’est une composition qui a un côté rock’n’roll et qui s’inscrit en même temps dans une esthétique minimaliste. C’est un croisement entre deux attitudes bien distinctes, c’est très original. Je suis curieuse de nature, alors je plonge sans trop me soucier des embûches. Cette pièce m’a toujours intriguée avec ses atmosphères musicales étranges et ses rythmiques époustouflantes qui s’enchevêtrent. C’est toujours très contagieux et excitant de jouer cette sonate."

En compagnie de la pianiste Valentina Lisitsa, avec qui elle travaille maintenant depuis quatre ans, Hilary Hahn s’en donne à coeur joie. D’ailleurs, pour la première fois, elle a inscrit la Sonate pour piano et violon "Le Printemps" de Beethoven à son programme. "Valentina l’interprète depuis longtemps, mais c’est totalement nouveau pour moi. Lorsqu’on planifie une tournée, la soliste impose la plupart du temps les oeuvres qu’elle veut… Dans ce cas-ci, c’est bien d’avoir une pianiste qui en sait plus que vous!" conclut-elle en riant.

À écouter si vous aimez /
Viktoria Mullova, Anne-Sophie Mutter, Leila Josefowicz