Marie-Jo Thério : Sur la route
Musique

Marie-Jo Thério : Sur la route

Au début des années 2000, Marie-Jo Thério achète la camionnette d’un vieux groupe punk de Moncton pour visiter sa famille immigrée aux États-Unis. Dix ans plus tard, elle présente le fruit de son périple: Chasing Lydie.

Ouverte en 1854, la Waltham Watch Company a fabriqué plus de 40 millions de montres jusqu’à sa fermeture en 1957. Ce fut suffisant pour qu’on attribue à la petite ville de Waltham, Massachussetts, le surnom de Watch City. Pour les Leblanc, une famille acadienne francophone immigrée dans la région au cours des années 20, bosser pour la compagnie était un passage obligé, un moyen de s’ancrer dans le temps, de s’ancrer dans le paysage. "On rêve beaucoup aux années 20: la musique joyeuse, les filles qui rient, la nouvelle vie, la modernité… Mais Dieu sait que l’immigration était violente aux États-Unis à cette époque. Les Américains étaient extrêmement racistes, et travailler à l’usine était un moyen de s’intégrer dans la société", explique Marie-Jo Thério, digne descendante de la famille Leblanc.

Dans une quête identitaire, une aventure quasi sherlockholmesque, la chanteuse acadienne a multiplié les voyages à Waltham lors de la dernière décennie afin de rencontrer ses grands-tantes et grands-oncles, de leur parler adaptation. Elle a rassemblé leurs souvenirs livrés au compte-gouttes parce qu’ils écorchent. Si elle avait été cinéaste, Marie-Jo Thério lancerait un film aujourd’hui. Or, elle est chanteuse, et l’album s’intitule Chasing Lydie.

"Lydia, la petite soeur de mon grand-père, s’est vite imposée en tant que muse du projet. Nous avions quelques points en commun qui m’ont amenée à l’idéaliser. Car si l’histoire de ma famille sert de base à l’album, j’ai vite distorsionné la réalité pour en faire de la fiction. Reste que Lydia était chanteuse et qu’elle a dû s’adapter à la vie d’immigrant aux côtés d’Italiens et d’Anglophones de souche, un peu comme moi à mon arrivée à Montréal, dans le Mile End. Et Lydia était le mouton noir de la famille, celle qui désobéissait, qui avait des amants. Elle a même eu un enfant avec un homme marié, un enfant qui a ensuite fait de la prison en plus d’être associé aux motards. De quoi inspirer."

À travers des pièces originales, des extraits de conversations et de vieux enregistrements 78 tours de Lydia, Marie-Jo Thério tient un journal de bord fidèle à la fibre poétique qu’on lui connaît. Dans la langue des Quakers, elle chante l’époque des cabarets, emprunte des chemins plus jazzy, se rend jusqu’à Broadway pour une grande ouverture dédiée aux Leblanc. On y rencontre de colorés personnages, dont tante Mabel et ses fameux hot-dogs. "Elle habitait dans une maison grosse comme un champignon. Elle avait toute une collection de pères Noël. Père Noël qui joue du piano, père Noël qui fait du skate-board… Elle était extrêmement habile pour contourner mes questions plus difficiles. Pour éviter de répondre, elle m’offrait à manger parce qu’elle me jugeait maigrichonne: des hot-dogs, des fèves, du pain, du Coca-Cola."

Le disque est immersif, ambitieux de par son concept et sa forme. Lancé d’abord le 1er mars en disque vinyle double, Chasing Lydie sera offert en compact une semaine plus tard. Seule la version 33 tours est atterrie dans les mains des journalistes.

"C’est Jim Corcoran qui a eu l’idée du vinyle après avoir entendu l’album dans son entièreté. Il m’a dit que pour bien saisir sa profondeur, l’ampleur de l’aventure, il fallait prendre le temps de l’écouter d’un coup, avec attention. Une concentration plus facile à obtenir lorsque l’auditeur manipule un vinyle plutôt qu’un lecteur MP3. Un choix aussi conséquent à la chronologie de l’album que les faces A et B séparent en chapitres."

Roman, pèlerinage, carnet de bord et album double, Chasing Lydie porte de nombreux chapeaux. Une bibitte comme on en voit rarement dans le paysage musical québécois. Une bibitte à l’image de Marie-Jo Thério.

Marie-Jo Thério
Chasing Lydie
(Dare To Care)
Version CD en vente le 8 mars

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