

Melissa Etheridge : Le coeur à vif
Melissa Etheridge nous dresse le bilan d’une carrière controversée qui fut marquée par le rock et le militantisme. Dans la vie ou sur la scène, cette artiste n’a peur de rien.
Antoine Léveillée
Il est difficile de nous imaginer Melissa Etheridge dans le rôle d’un punk camé jusqu’aux oreilles, d’un vendeur de drogue qui ne se soucie de rien. C’est pourtant ce qu’elle était, sur une scène de Broadway, le mois dernier. Alors que le chanteur de Green Day, Billie Joe Armstrong, prenait une pause de sa comédie musicale American Idiot (écrite par lui et présentement à l’affiche à New York), Etheridge s’est retrouvée dans la peau du personnage principal: St. Jimmy. Un engagement d’une semaine et, à lire les critiques, un défi qu’elle a relevé avec brio.
"Quand on m’a offert ce personnage, tout de suite j’ai dit non! s’exclame-t-elle en riant. Trop compliqué, il n’en était pas question. Tu imagines? Qu’est-ce que j’allais faire là? Et finalement, je me suis ravisée. De quoi j’aurais peur? Je n’arrête pas de parler de ça dans mes chansons. Il ne sert à rien d’avoir peur dans la vie! Ce fut une expérience extraordinaire, elle est inscrite dans mon top ten!"
Punk et politique
On se demande bien si la rockeuse a pu s’accommoder à ce répertoire musical aux antipodes de ce qu’elle cultive professionnellement depuis presque 30 ans. Serait-elle devenue une punk dans l’âme? "Mais je suis une fan de Green Day, absolument! Quand j’étais adolescente, j’avais suivi les Sex Pistols et The Clash, à l’époque où ça commençait à démarrer. J’étais rebelle et j’essayais de vivre avec le fait d’être gaie… Une chose m’a marquée en commençant les répétitions pour American Idiot: mon Dieu que ça se joue vite! Le punk, c’est ça: beaucoup de mots, beaucoup de rythme et beaucoup d’énergie. Il faut de la hargne aussi. On revendique, on est anarchiste! J’ai adoré ça! Je te dirais que, parfois, St. Jimmy s’exprime encore lorsque je suis sur scène!"
On n’en doute point, non seulement la voix de madame possède un certain tonus, mais les combats qu’elle a menés sur différentes tribunes politiques, comme porte-parole des droits pour les gais et lesbiennes aux États-Unis, témoignent d’un caractère volontaire. "Je n’ai jamais vu ça comme des combats ou des batailles. J’ai tout simplement exprimé mon point de vue en usant de ma célébrité. J’ai apporté une perspective différente sur des enjeux importants. C’est fondamental de montrer aux gens qu’il existe différentes façons de penser. Le monde est complexe, il faut vivre avec."
Hippie dans l’âme et militante pour l’environnement, Etheridge s’est forgée une réputation de battante et les coups de gueule n’ont pas manqué. Elle choisit le chanteur David Crosby (The Byrds et Crosby, Still & Nash) comme donneur de sperme en 1996 (la compagne d’Etheridge de l’époque, Julie Cypher, donna naissance à des jumeaux). Ensuite, elle se maria en 2003, sous les feux de la rampe, avec l’actrice Tammy Lynn Michaels. Une vie pas très reposante, quoi… "Tu ne me croiras pas, mais je n’ai jamais voulu m’impliquer politiquement. Seulement, le jour où la politique vient se mettre le nez dans ta vie privée… Là, il n’en est pas question! C’est ça qui est arrivé. Dès que j’ai eu l’impression qu’on entrait dans ma chambre à coucher, je me suis levée et j’ai riposté. Vois-tu, les politiciens ne sont pas parfaits… Et ce n’est pas la responsabilité des politiciens de choisir ce qui est juste ou non. C’est la population qui doit choisir. Quand la population ne fait rien, c’est le chaos. Quand la population s’exprime, les choses peuvent changer."
La soeur aînée du rock
Toujours en tournée ou presque, l’artiste visite maintenant le Canada de long en large. Plus une rétrospective qu’un spectacle consacré à Fearless Love, cette production est l’occasion pour elle de présenter un regard sur une carrière marquée par les albums Never Enough, Yes I Am et Breakdown, tous des succès des années 1990. "Il y a peu de temps, j’ai senti que je me retrouvais dans la peau d’un vétéran de la chanson! remarque-t-elle. Je me suis dit: voilà, tu fais partie du club maintenant! Plusieurs jeunes artistes me posent des questions, on me demande des conseils. Ça concerne toujours ce long chemin qu’on doit parcourir pour arriver à ses fins. Cette course folle! Comment évoluer en tant qu’artiste dans ce business… en déroute. À Serena Ryder, qui assume sa première partie et avec qui elle a enregistré la chanson Broken Heart Sun], par exemple, je crois que j’ai tout simplement dit ce que j’aurais aimé entendre lorsque j’étais dans la vingtaine: fais ce que tu aimes et sois têtue – c’est primordial -, et continue! Si quelqu’un fait ce métier pour les bonnes raisons et qu’il a du talent, il va réussir."