La Patère rose : Requiem rose
Musique

La Patère rose : Requiem rose

De leur victoire aux Francouvertes en 2008 jusqu’aux premières parties des shows de Mika, les membres de La Patère rose peuvent être fiers du chemin parcouru. Aujourd’hui, le trio tire sa révérence et organise ses funérailles.

Hein? Quoi? Déjà la fin? s’est-on dit en février dernier lorsque La Patère rose a annoncé sa dissolution. "Ben oui, constate Fanny Bloom. Les gars (Kilojules et Roboto) étaient rendus trop occupés avec Misteur Valaire… Les conflits d’horaire étaient devenus insupportables alors on a pris – ils ont pris – la décision de se concentrer sur un des deux bands. C’est la fin de La Patère."

Sujet délicat, on sent encore un trait de déception dans la voix de Fanny Bloom, qu’on a vue naître, grandir et progresser au sein du groupe. "C’est une décision qui m’a été imposée alors c’est sûr que je trouve ça plate et que je suis déçue. Je suis passée par toutes les étapes du deuil, de la colère à la tristesse, et là j’arrive au bout. Pour les gars aussi, ça a été difficile. On est restés en bons termes, mais les âmes sont encore sensibles…"

Les fans de La Patère sont en deuil eux aussi. On aimait ce petit groupe né sur un jeu de mots douteux qui avait su être plus que la somme de ses parties. On aimait la fusion entre le savoir-faire des gars, leur belle folie électro-pop fluorescente, et l’approche un peu plus "chanson", mais une chanson pétillante et décloisonnée, de Fanny Bloom, qui, comme interprète et frontwoman, a fait en trois ans des pas de géant. On l’avait d’abord trouvée intrigante, un peu difficile à "sizer". Puis le métier est rentré, elle a su faire sa place à sa manière, trouver une façon de s’approprier l’espace, de l’investir et d’assumer une présence forte et singulière, on a vu cette musicienne aguerrie se construire comme chanteuse sous nos yeux… Et on la reverra: "Je travaille sur un album solo qui devrait paraître à l’hiver. Cette fois, je ne dépends plus de quelqu’un d’autre pour que ça continue. Il n’y a pas de compromis à faire, et je réalise que c’est un couteau à double tranchant. Il y a quelque chose de rassurant dans les décisions communes; souvent trois têtes valent mieux qu’une. Je vais devoir assumer encore plus ce que je suis – sur scène comme sur l’album", dit Fanny, qui s’est monté un petit studio maison dans le sous-sol de chez sa mère. "Ensuite, on va faire quelques sessions d’enregistrement à Montréal pour le piano à queue et la batterie. On, c’est moi et Étienne Dupuis-Cloutier, qui réalise et contribue aussi comme musicien. Le dernier album de Lykke Li, plus lourd que son premier et avec des beats plus intenses, m’inspire. Je me dirige vers quelque chose de plus mature et assumé, d’un peu plus profond, de moins fou-bonbon-pop. Je me livre beaucoup dans les textes; la dernière année a été rough et ça paraît."

La Patère rose a fait une percée prometteuse en France en ouvrant pour Mika pendant neuf soirs devant des foules allant jusqu’à 15 000 spectateurs, et a récolté au passage des critiques élogieuses. Souhaitons qu’ils n’oublient pas Fanny Bloom: "Oui, c’est pour ça qu’on se dépêche!"

Longue vie aux trajectoires désormais parallèles de Fanny Bloom et de Misteur Valaire.

Et repose en paix, La Patère rose.

À voir si vous aimez /
Camille, Misteur Valaire, Coeur de Pirate