

Manu Dibango : Le Parrain 2
Manu Dibango n’a pas pris une ride ces 35 dernières années. Avec son rire sonore et sa vision globale, le saxophoniste camerounais reste une référence dans les musiques africaines.
Ralph Boncy
Photo : Nuits d'Afrique
Casting parfait. La dernière fois que Manu Dibango a parrainé le Festival international Nuits d’Afrique, c’était en 1998. On a bien le goût de lui demander ce qui a changé dans le paysage musical depuis.
"Il y a bien plus de musiciens africains, déjà! Avant, c’était un petit noyau, maintenant, il y a beaucoup d’artistes qui sont connus dans différents circuits. Même les Richard Bona, les Étienne M’Bappé, il y en a plein! Au début, on était quatre ou cinq dont Miriam Makeba, Hugh Masekela et moi… Aujourd’hui, ça a grandi."
Tonton Manu explique ensuite comment ça se passe. L’Europe a adopté et adapté des groupes pour elle-même, comme ce fut le cas avec Touré Kunda. Certains gardent un répertoire uniquement pour les Africains et, finalement, d’autres font le crossover, marient les deux univers, comme Salif Keita. Manu rajoute: "Tu prends le groupe ivoirien Magic System. Avant, c’était uniquement pour les Africains, mais maintenant, c’est un crossover à cause de la facilité qu’ont les Européens de danser avec eux. L’Européen n’étant pas spécialement bon danseur, il faut lui faciliter la tâche!"
Mais ces rythmes réussissent aussi outre-Atlantique. Entre 1983 et 2010, les Américains Michael Jackson et Rihanna se sont fait prendre deux fois plutôt qu’une à utiliser illégalement le plus gros tube de Dibango: Mama-Ko, Mama-Ka, Mako-Makossa! Comment expliquer cette double erreur?
"Il faudra le leur demander, lâche-t-il, désinvolte. L’année dernière, c’était Shakira avec Waka Waka, d’un autre compositeur camerounais. Le côté positif, c’est que, contrairement à ce que l’on pensait, ils écoutent nos musiques. On croyait qu’ils étaient centrés sur eux-mêmes, mais ils captent bien ce qui se passe chez nous. C’est phénoménal! Les problèmes de légalité sont secondaires; on laisse ça aux avocats…"
En tout cas, Manu est en santé. Son intervention est lumineuse sur le Bisso Na Bisso du rappeur congolais Passi, son prochain album Past, Present & Future sort le mois prochain et son itinéraire est encore chargé (nous l’avons joint en Grèce, sur son portable, juste avant un concert). "Je suis en tournée. J’ai toujours le goût de jouer, sinon je ne le ferais plus à mon âge! D’abord, si je tourne, c’est qu’il y a de la demande. En plus, je rejoue beaucoup du vibraphone en ce moment, comme dans un concert à Paris, la semaine dernière, avec un big band. Peut-être aussi à Montréal?"
Quand vous voulez, Maître Dibango!
À voir si vous aimez /
Ladysmith Black Mambazo, Salif Keita, Miriam Makeba