Marc Déry : L'expérience fait son homme
Musique

Marc Déry : L’expérience fait son homme

Marc Déry a tout fait pour orchestrer la production d’un quatrième album qu’il voulait à son image. Un exercice de synthèse en règle.

La carrière de Marc Déry n’est pas routinière. L’artiste fait les choses à son rythme. Lorsqu’il porte un regard sur sa création, rien ne semble l’angoisser. Il n’accorde pas trop d’importance aux attentes du marché et déteste la production en chaîne. Qui plus est, il constate que l’industrie du disque est en piteux état. "Et pourtant, on n’a jamais vu autant de disques être lancés sur le marché qu’aujourd’hui, remarque-t-il. Dans ces circonstances, ça ne sert à rien de se précipiter. J’ai pris mon temps pour ce nouveau disque et j’ai attendu d’être vraiment allumé par ce que je faisais avant de fixer une date de sortie."

Ce quatrième album solo, qu’il a nommé 4, Marc Déry a mis plus de cinq ans à le parfaire. Entre À la figure et ce nouveau chapitre, un disque réalisé avec Zébulon (Retour sur Mars) et une tournée avec le groupe sont venus le sortir de sa bulle solitaire. "Le retour de Zébulon s’est présenté au bon moment. J’avais déjà quelques maquettes pour 4; pouvoir mettre ça de côté a été bénéfique. Non seulement c’était le fun de retrouver les gars, mais j’ai pu prendre mes distances et porter un regard neuf sur mon travail solo."

Les idées claires, Marc Déry a alors décidé de revenir aux sources et a choisi une direction musicale plus rock qu’à l’accoutumée, s’offrant même au détour une reprise des Beatles avec la psychédélique Tomorrow Never Knows. Les souvenirs de ses premiers gestes en musique, réalisés avec son complice Michel Dagenais à l’époque, ont refait surface dans son studio maison. "J’ai fouillé avec Michel dans nos vieilles cassettes, des trucs qu’on avait enregistrés au début des années 80. On s’est rendu compte que des groupes de l’heure, comme Arctic Monkeys, utilisaient ces vieux beats et ces sons de claviers avec lesquels on travaillait en 82 ou 83. On a travaillé là-dessus et sorti nos vieilles bébelles pour conceptualiser un son très alternatif, presque new wave. On a grandi avec cette musique."

Retour aux sources aussi pour l’écriture, alors que Déry décide d’improviser un pèlerinage en revisitant des lieux qu’il a fréquentés adolescent ou lors de ses premières tournées. "Ce n’est pas pour rien qu’on me voit dans une voiture sur la pochette de l’album: j’ai roulé pas mal! J’écoutais les maquettes et je sillonnais le Québec pour fouiller dans mes souvenirs. Lorsque j’avais un feeling, je m’arrêtais sur le bord de la route et je couchais ça sur le papier. Pour moi, c’était la meilleure façon de provoquer quelque chose. La musique, c’est le point de départ. Ensuite, pour l’écriture, j’ai besoin d’émotions fortes."

Sur disque, la voix du chanteur incarne souvent le rôle de l’observateur en retrait, comme sur On ne sait jamais. Une façon d’illustrer, la tête froide, les doutes et les drames qui piquent parfois l’existence au quotidien. "Comme un cinéaste, ajoute-t-il. J’adore le cinéma, les films des frères Coen, Into the Wild [de Sean Penn] ou le documentaire Apocalypse sur la Deuxième Guerre mondiale. Ce dernier m’a fasciné. C’est troublant de constater que, même si on fait le récit d’une guerre, les images, elles, peuvent être d’une beauté renversante. C’est ce genre de paradoxe que j’aime."

Marc Déry
4
(Audiogram)

À écouter si vous aimez /
Jipé Dalpé, Alexandre Désilets, Martin Léon