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Musique

Emel Mathlouthi : L’insoumise

Emel Mathlouthi est une chanteuse tunisienne farouchement engagée qui s’inquiète pour son pays au lendemain des élections favorables aux islamistes.

Elle a voté dimanche dernier, à 29 ans, pour la première fois de sa vie, mais Emel Mathlouthi n’a rien d’une princesse naïve qui se bercerait d’illusions: "J’ai vécu l’événement avec beaucoup de stress, avoue-t-elle au téléphone avec un soupir audible. Tout s’est passé très vite. On avait peu de temps pour mobiliser les gens, les inciter à voter moderniste et progressiste. J’ai tout essayé sur mon blogue, j’ai fait une vidéo, j’ai tenté de parler aux gens dans les rues. Je refusais de voir le pays entre deux extrêmes. Maintenant, tout va dépendre du dynamisme des Tunisiens. Il faut un vrai changement. Et de toute manière, il va falloir trouver une place pour tout le monde…"

De la place pour tous? L’auteure-compositrice peut en causer longtemps. Sans soutien, elle a autoproduit ses deux premiers albums, l’un en Tunisie et l’autre en France, et prépare enfin la sortie d’un disque plus somptueux, plus orchestral, plus définitif. Exilée à Paris depuis quelques années, elle a été, avec sa guitare, de toutes les manifs, de tous les combats, honorant la mémoire de Che Guevara et s’impliquant auprès de groupes palestiniens qui ne mâchent pas leurs mots.

"Pour moi, c’est vraiment un devoir. Il n’y a pas d’autre voie que j’aurais pu suivre. D’aussi loin que je m’en souvienne, je me suis toujours rangée du côté des insoumis. Dans mes chansons, je parle au nom des opprimés. Il faut donner l’heure juste."

Celle qui revendique pêle-mêle Bob Dylan, le folk et le rock subversifs, la musique électro et la chanson arabe engagée a vu sa superbe chanson Kelmti Horra bannie des ondes en Tunisie à la fin de l’année dernière, et pendant le mois qu’ont duré la révolution, le renversement de la dictature et la première conquête du printemps arabe. C’est que cet hymne à la liberté d’expression donne littéralement la chair de poule et inspire les foules. Car au pays, si elle n’a pas été persécutée ou emprisonnée sous le régime de Ben Ali, Mathlouthi-la-rebelle n’avait pas accès à la télé et restait confinée à un circuit limité "dans le grenier, dit-elle en riant de sa misère, ou mieux: dans la cave".

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