

Kathleen Edwards : La pérennité des sentiments
Stigmates amoureux, éveil à l’autre et réflexion professionnelle sont autant d’écueils créatifs qui auront permis à l’Ottavienne Kathleen Edwards d’enfanter son fort réussi quatrième album, Voyageur.
Guillaume Moffet
Photo : Todd V. Wolfson
"La vie prend du temps, parfois, pour redevenir confortable, pour s’acclimater aux changements qu’elle subit", affirme d’emblée l’auteure-compositrice Kathleen Edwards. La chanteuse fait référence aux ajustements auxquels elle a dû faire face au fil des derniers mois: sa relation avec le guitariste et réalisateur Colin Crisp se soldant par un douloureux divorce, qui a eu pour conséquence son départ de Hamilton vers la Ville reine, puis les balbutiements d’un nouvel amour (avec monsieur Bon Iver lui-même, Justin Vernon). "J’ai souvent dû m’asseoir et ne rien faire, tant que la décharge émotive qui m’assiégeait me paralysait les jambes."
Si les battements du coeur sont préconisés comme matière première sur Voyageur, qui fait suite à Asking for Flowers, nommé dans la shortlist du prix Polaris en 2009, la création de cet album a mis la chanteuse sur la sellette quant à la place qu’on lui avait attribuée dans l’industrie musicale. "Les gens m’ont toujours accolé une certaine étiquette, mais je crois être tellement plus. Ce n’est pas parce que tu mets du lap steel dans une chanson que tu es nécessairement alt-country. Donc, Voyageur, en plus de ce constant va-et-vient entre l’heureux et le triste, marque aussi le moment où je reprends le contrôle de mon son."
C’est là où Justin Vernon entre en scène, à titre de coréalisateur, lui insufflant l’inspiration pour pondre l’amoureuse For the Record (avec une Norah Jones en filigrane aux choeurs), mais aussi l’énergie pour ériger sur ses fondations country des arrangements de claviers, de guitares qui lui permettront, elle l’espère, d’émerger de ce créneau qu’elle considère limitatif. "Ce sont les idées préconçues que les gens avaient de ma musique qui m’ont fait réaliser que je me devais de brasser un peu les choses. Shake things up."
Pondérée, la chanteuse poursuit: "Je ne voulais surtout pas tomber dans les clichés de l’album de peine d’amour. Je suis tellement heureuse avec cette nouvelle vie qui se présente à moi et ces nouvelles occasions que je me dois de saisir au vol! J’espère que les gens percevront Voyageur comme un album de fin de relation, oui, mais aussi comme un album qui regarde vers l’horizon et qui affirme que même si la route est longue, elle vaut tellement la peine qu’on la parcoure et qu’on la prenne comme le plus beau des road trips."
Les noms de Jim Bryson, de la troupe folk britannique Stornoway, de l’auteur-compositeur new-yorkais Francis and the Lights, et des susmentionnés sieur Vernon et demoiselle Jones figurant tous au livret de Voyageur, certains bien-pensants lui prédisent un grand succès commercial. À écouter Edwards, cette idée lui paraît on ne peut plus saugrenue: "Il y a 5 ou 10 ans, j’aurais été séduite par le succès de vente. J’y ai probablement cru aussi, au succès, à un certain moment. Se baser sur ce type de reconnaissance peut s’avérer une pente extrêmement glissante. J’ai appris à faire ce que je fais sans trop me soucier des chiffres de vente. Il y a tellement d’artistes qui vivent un overnight success et qui finissent par ne plus jamais être capables de se trouver un public. Le succès ne te change pas, pas plus qu’il n’amène le bonheur."