Dorice Simon : Pas standard
Musique

Dorice Simon : Pas standard

Dorice Simon aime mieux rire d’elle que rire des autres.

"Là, je parle-tu trop?", "Je ne réponds pas à ta question, han?", "Je prends-tu trop de détours?" En quelque 20 minutes de jasette effrénée, Dorice Simon s’enquiert de sa performance d’interviewée au moins cinq fois. Que de charmantes insécurités dans un paysage humoristique peuplé de mecs gonflés de confiance où notre interlocutrice électrifiée fait figure d’anomalie. "Je ne suis pas une comique standard", concède-t-elle sans détour sur le ton de l’avertissement amusé. "J’aime mieux rire de moi que rire des autres. Même si je suis toujours la victime dans mes histoires, les gens se reconnaissent. Ils se disent: "Hi qu’est folle!""

Folie qui ne se soigne heureusement pas, même en se soumettant à un exigeant programme de lecture, apprendra-t-on dans C’est des choses qui arrivent, le deuxième one-woman-show de la vétérane qui s’était soustraite pendant quelques années à la lumière des projecteurs afin de faire le point, avant de revenir en force et en frisous. "À un moment donné, j’ai une amie qui vient à la maison et elle me dit: "Câline Dorice, les lis-tu tes livres de psycho pop? On dirait qu’il n’y a pas de changement!" J’ai tout de suite su qu’il fallait que j’écrive là-dessus. C’est un des numéros qui marchent le plus finalement. J’arrive avec 15, 20 livres dans les mains en avouant que c’est ce que j’ai lu pour tenter d’être bien, avant de les éplucher avec les spectateurs."

Carburant à l’angoisse et à l’anxiété, les élucubrations de Dorice, dont le curriculum vitae même ressemble à un numéro d’humour (elle a décroché un baccalauréat en flûte traversière!), tournent parfois à la dystopie linguistique. Comme lorsqu’elle se téléporte dans un Montréal totalement anglicisé, un cauchemar de course pour la Saguenéenne d’origine qui laisse encore entendre une bonne pointe d’accent. "Je ne voulais pas écrire un numéro politique, mais les gens l’ont compris comme ça, et c’est correct. Je m’imagine que tout le monde ne parle qu’anglais à Montréal et que je suis la seule qui ne parle que français. Je regarde l’horloge, et il est three thirty plutôt que trois heures trente. Ma collègue de bureau Lynda Tremblay, à qui je demande de l’aide, me répond: "Don’t worry, be happy!""