Lisa LeBlanc : Kraft Dinner et chansons trash
Musique

Lisa LeBlanc : Kraft Dinner et chansons trash

Lisa LeBlanc vit sur le highway pour se vider le coeur avec aplomb. Cette queen du folk-trash dompte la vie la pédale au  plancher.

Elle court partout, Lisa LeBlanc, ces temps-ci. La veille de cette entrevue, elle se trouvait sur un plateau de tournage pour le vidéoclip de Cerveau ramolli. "Je sais pas pourquoi, mais là ça fait deux fois qu’on se ramasse avec une météo qui a pas de bon sens, en train de filmer dehors! On est pas chanceux, mais on passe au travers. Pour le tournage d’Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde, y faisait tellement frette, ça n’avait pas d’allure. Et pour Cerveau ramolli, ben on s’est retrouvé sous la pluie, il tombait des cordes et il faisait froid… Là, ma vie était d’la marde!" rit-elle de bon coeur et plutôt fière du nouveau vidéoclip.

Au téléphone, nous la retrouvons sur la route, suivant un itinéraire de tournée où les dates se bousculent. Depuis la sortie du disque et le succès d’Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde et de Câlisse-moi là , Lisa LeBlanc n’a pas le temps de souffler. Pourtant, elle garde ce sourire aux lèvres qui caractérise sa personnalité, et les éclats de rire sont fréquents. C’est la bonne humeur; pas de doute, un road trip, c’est fait pour LeBlanc.

"Je reste une tripeuse de show, je viens de là, c’est mon background, souligne-t-elle. Ça fait quatre-cinq ans que je fais des shows sans avoir d’album. Le disque, oui, c’est nouveau pour moi, et je vois bien que c’est l’extra-push qu’il faut pour m’amener ailleurs. Il y a la promo et les entrevues, et maintenant je vois que ce monde-là s’ouvre à moi. Je connaissais pas ça, et là j’ai un peu un horaire de premier ministre! Mais, dans ma tête, il y a rien de changé. Moi, je fais des shows dans la vie, pis de la musique. S’il y a des gens qui aiment ça, ce doit être parce qu’ils savent qu’on va pouvoir triper ensemble lors d’un spectacle. En tout cas, c’est comme ça que je pense."

Si la solitude est un sujet de prédilection pour cette jeune auteure-compositrice-interprète acadienne de 21 ans, lauréate du Festival de la chanson de Granby en 2010, son métier fait en sorte qu’elle peut au moins se retrouver devant son monde, au Nouveau-Brunswick ou au Québec (et même en France au mois de juin). Ce monde qui aime les histoires d’amour qui finissent tout croche et contempler la solitude. "J’t’ai déjà dit que c’était pas original de dire qu’on est solitaire / Pis tu m’as répondu qu’être heureux, ça y’est pas plus", chante LeBlanc dans Juste parce que je peux. "The highway has always been your lover / And one day you will know his name", selon Lucinda Williams. "Connais-tu ça?! J’ai découvert Williams il y a quelques mois, pis ces dernières semaines, je l’écoute trop souvent. J’ai une phase obsessive Lucinda Williams, ça me touche!"

"Mes textes, c’est le reflet du style de vie que j’ai eu, ajoute-t-elle. Je viens d’un petit village (Rosaireville, seulement une quarantaine d’habitants), j’ai passé beaucoup de temps toute seule, je me suis retrouvée sur la route aussi et j’ai fait plusieurs petites tournées. Tu te ramasses seule dans ces conditions-là. Depuis que j’ai fini le secondaire, je mène une vie de bohème et je l’ai assumée. La solitude, c’est un sujet qui me touche et je crois bien que ça va continuer comme ça pour les années qui vont suivre."

L’Acadienne écorche aussi les oreilles sensibles, entre autres dans sa précieuse Acadie où, même si elle connaît un succès évident, elle se bute parfois à la censure. "Chez nous, c’est pas pareil, le monde me suit depuis longtemps au Nouveau-Brunswick. Ils ont vu l’évolution et constaté la direction que j’ai empruntée depuis le Festival de Granby il y a deux ans. C’est une autre mentalité là-bas, et comme on dit: nul n’est prophète dans son pays. La réaction en général est cool, le monde est chaleureux, mais il y a les autres qui soulignent que je sacre et que c’est parfois vulgaire. Alors je me retrouve avec des radios qui jouent pas mes tounes… C’est la seule place où ça arrive, pis c’est chez nous. C’est plate, mais c’est pas plus grave que ça."

Câlisse-moi là aura bien le temps de s’imposer auprès des radios acadiennes. Ce cri du coeur affirmé et lucide nous a révélé la voix de l’auteure-compositrice-interprète qui ne manque pas de chien en concert. C’est à croire que les peines d’amour, ça marque sa femme. "Yep! Nombreux échecs amoureux dans mon cas! souligne-t-elle en riant. C’est ce qui explique cette chanson. C’est sûr, c’est un sujet universel: les heartbreaks. Y a rien d’original là-dedans, les trois quarts des filles écrivent là-dessus. C’est la peine d’amour ou être en amour. Le heartbreak, ben, quand tu le "feeles", c’est ça que ça fait et ça s’écrit d’un trait."

Si elle le fait encore avec cette plume colorée et cette voix country incarnée, personne ne s’en plaindra. Quitte à se retrouver dans "un vieux film cheap de mafia américain" (Motel). "Je l’aime bien, cette phrase-là! avoue-t-elle en riant. J’aime beaucoup m’amuser avec des images kitsch ou trashy, c’est ma manière à moi. Des fois, je constate que certaines émissions de variétés sont ben correctes dans un coin de pays, pis après tu te retrouves en ville et tu vois que c’est perçu comme étant méga-quétaine! Je sais pas pourquoi, mais ça me fascine!"