Charles Bradley : Le coeur avant tout
Musique

Charles Bradley : Le coeur avant tout

Charles Bradley a une seule vocation et c’est le soul. L’homme est en mission et sa voix pardonne tout.

À le voir ainsi, du haut de ses 64 ans, on pourrait conclure que cet artiste a déjà additionné plus de 40 années de métier. N’est-ce pas la norme chez tous ces artistes funk et soul qui ont fait le succès des labels Motown, Philles Records et Atlantic Records? Un jour au top, l’autre c’est le passage à vide, et vient ensuite ce coup du destin qui vous remet en selle. Les accolades s’enchaînent et on décide de faire de vous une légende vivante. Al Green, par exemple.

Lorsque pour la première fois on entend la voix de Charles Bradley, on est persuadé de retrouver dans sa discothèque quelques traces de ses singles ayant fait l’âge d’or des palmarès des années 60 et 70. Le nom de l’artiste n’éveille pas de souvenirs précis, mais il doit bien y avoir quelque chose. C’est alors que l’on comprend que c’est un cas unique, une voix restée anonyme jusqu’en 2011, alors qu’est sorti l’album No Time for Dreaming. Bradley a toujours été un chanteur, mais la vie aura fait en sorte de le mettre à l’épreuve, de lui imposer la cavale, avant de lui offrir l’occasion de faire carrière.

Cette vie a marqué sa voix, et lorsqu’il nous adresse la parole, on remarque qu’elle est caverneuse et rugueuse. L’homme est en tournée, sur la route. La fatigue se fait sentir, mais l’individu en question pèse chacun de ses mots pour nous faire comprendre sa philosophie. C’est le coeur qui parle, et on constate qu’il considère son métier de chanteur comme étant celui d’un guérisseur. "Comme l’indique le titre de mon album, je n’ai pas le temps de rêvasser. Je dois me tenir occupé, travailler. En ce moment, je fais ce que j’ai toujours voulu faire dans la vie: chanter pour les gens."

C’est après plusieurs années passées à rendre hommage à James Brown dans quelques clubs new-yorkais que ce survivant du soul a pu attirer l’attention de Daptone Records, étiquette de disques de Brooklyn qui soutient aussi la carrière de Sharon Jones and the Dap-Kings. Son premier disque a connu le succès critique, mais c’est surtout la bête de scène qui s’est révélée. "Ce métier existe pour les êtres humains. Tu es sur scène et c’est tout ce qui compte. Il y a trois mois, nous avons fait un spectacle extérieur lors d’un festival aux États-Unis. Il pleuvait des cordes et les gens restaient là devant moi pour écouter le spectacle. Je leur ai dit: "Si vous êtes détrempés, alors je le serai aussi." J’ai quitté la scène pour rejoindre la foule. They went crazy! J’ai même reçu un choc électrique à cause de mes mains mouillées et du micro! Man, I was on fire!" explique-t-il en riant.

"Tu sais, il n’y a pas de secret. Tu dois être honnête, un point c’est tout. Chanter, c’est reconnaître sa souffrance, et c’est la joie aussi. J’ai connu les deux. Les gens souffrent, et l’homme peut être terrible. L’injustice est là, et le meurtre, ça existe…" précise-t-il en nous expliquant la genèse de la chanson Heartaches and Pain, qui parle de l’assassinat de son frère. "J’ai connu le mal… Mais, les enfants dansent et chantent aussi, et les adultes peuvent s’en réjouir. Le monde, mon ami, c’est tout ça à la fois."

www.infofestival.com