Audrey Luna / Festival d'opéra de Québec : L'art de l'impossible
Musique

Audrey Luna / Festival d’opéra de Québec : L’art de l’impossible

La soprano Audrey Luna n’a pas peur des défis et s’apprête à interpréter le rôle le plus exigeant de sa carrière. Cette colorature n’a pas froid aux yeux.

L’expérience est intense pour la soprano américaine Audrey Luna, qui interprétera le rôle d’Ariel dans l’opéra The Tempest, une adaptation de la pièce de Shakespeare mise en musique par le compositeur et chef d’orchestre Thomas Adès. Plongée dans ce nouveau décor créé par Robert Lepage, qui intègre une technologie de pointe et où les principaux acteurs sont sollicités physiquement, elle constate que cette expérience est exceptionnelle. "On m’avait dit que j’allais devoir être perchée dans les airs, et bien sûr j’ai dit "pas de problème"! Mais je ne croyais pas que j’allais travailler avec des acrobates! Je pensais que j’allais seulement avoir un harnais, mais finalement je me retrouve soulevée par ces acrobates. C’est beaucoup de nouveautés pour moi!"

Cette nouvelle création de Lepage lui permettra de faire une entrée remarquée au Metropolitan Opera de New York, où The Tempest se rendra après cette création à Québec. Non seulement la mise en scène est audacieuse (jusqu’aux costumes, signés Kim Barrett, qui a travaillé sur les films The Matrix), mais la partition écrite pour son rôle, Ariel, est particulièrement exigeante. La colorature devra faire de la gymnastique avec sa voix aussi. "Thomas Adès a écrit la musique d’Ariel pour souligner son caractère surnaturel. C’est, pour la voix, le rôle le plus aigu que je connaisse. Ariel ne sonne pas comme une personne humaine, elle n’est pas de ce monde. L’intention du compositeur était d’en faire l’illustration avec le chant; le résultat est saisissant. Je constate parfois qu’il est presque impossible d’émettre ces sons avec la voix! Par exemple, si tu isoles l’extrait chanté le plus aigu pour l’air de la Reine de la nuit [Die Zauberflöte, de Mozart], dans The Tempest, ce registre est utilisé dans une aria, mais tout le temps. C’est très stimulant!"

Ce personnage énigmatique semble combler de bonheur cette soprano habituée à la musique contemporaine, et elle aborde le caractère dramatique d’Ariel comme un défi de composition théâtrale. "Elle n’est pas humaine, c’est un esprit, elle est faite d’air! Elle est surhumaine et très puissante, mais en même temps elle est soumise à la volonté du magicien Prospero [le baryton Rodney Gilfry], qui est encore plus puissant qu’elle et qui lui impose sa volonté. Elle ne veut pas vivre au sein de ces humains qui se déchirent entre eux. Elle veut être libre. La composition de ce personnage est fascinante. Il est flamboyant, mais on doit sentir de l’empathie dans son attitude."

Ayant déjà vécu quelques défis scéniques auparavant, avec la Reine de la nuit ou encore Ariane à Naxos de Richard Strauss, Audrey Luna (lauréate du concours Renata Tebaldi à San Marino en 2009) admet que la vision de Lepage transforme l’opéra et que la technologie qu’il emploie parle à notre époque. "Il m’est déjà arrivé d’avoir un metteur en scène qui me demande de chanter couchée sur le dos, ce n’est pas si compliqué… Mais là, je grimpe sur un mât de 10 pieds de hauteur en essayant de m’y percher, je me contorsionne, et tout cela en chantant! Il y a une petite scène où Ariel est aux prises avec un esprit malin. Je me retrouve alors 25 pieds dans les airs avec un harnais et un câble. Je vole dans les airs, mais je ne suis pas seule! Il y a aussi ce gigantesque chandelier, très lourd, qui vole avec moi. Lorsque tu vois le résultat, tu crois que ce n’est pas possible! Peut-être dans un film, mais pas à l’opéra!"

www.festivaloperaquebec.com

Le coup de maître de Grégoire Legendre

Ce n’est pas rien. Une création de Robert Lepage qui se retrouve à Québec avant d’être produite au Metropolitan Opera de New York, on n’a jamais vu ça. Le directeur artistique du Festival d’opéra de Québec, Grégoire Legendre, a de quoi être fier de cette deuxième édition qui se tiendra du 25 juillet au 5 août. "Ce que j’aimerais que le public réalise, c’est que The Tempest est une coproduction entre le Metropolitan Opera, l’Opéra de Vienne et l’Opéra de Québec. C’est la première fois qu’une maison d’opéra canadienne a le privilège de s’associer à ces deux compagnies d’opéra prestigieuses. Robert Lepage est en train de créer ce nouveau projet chez lui, et nous pourrons avoir la chance de le montrer à Québec avant tout le monde!"

Avec Thomas Adès à la barre de l’orchestre, la distribution est complète. De plus, Grégoire Legendre s’est fait un point d’honneur d’engager des interprètes canadiens et québécois, dont Frédéric Antoun (ténor, le rôle de Caliban) et Julie Boulianne (mezzo-soprano, le rôle de Miranda). "On a le talent ici, et même Thomas Adès est charmé par cette distribution, constate-t-il. C’est une production internationale et c’est une visibilité exceptionnelle pour l’ensemble de ces chanteurs."

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