Machinegun Suzie : Les filles qui rockaient à l'oreille des chevaux
Musique

Machinegun Suzie : Les filles qui rockaient à l’oreille des chevaux

Machinegun Suzie met le pied à l’étrier stoner rock et hennit jusqu’à ce que tremblent les murs de l’écurie sur son premier album, Black Paper Horse.

Loin de nous l’idée de jouer les preux chevaliers féministes, mais il faudra quand même en revenir un jour que des filles aiment à tailler dans le rock pesant des riffs déflagrateurs. Pour l’heure, nous vivons malheureusement dans le monde où nous vivons, et Machinegun Suzie ne se berce pas d’illusions. Les quatre rockeuses crurent ainsi bon de mettre cartes sur table dans le communiqué de presse accompagnant leur premier album, Black Paper Horse, en précisant qu’elles forment "un groupe de filles qui ne fait pas de la musique de filles!" Question de faire bonne mesure, la meneuse de troupe Yvonne Eric ajoutera même en entrevue, au détour d’une tirade sur le plaisir de se défoncer les tympans en compagnie de ses tonitruantes collègues: "Moi, ce qui m’intéresse, c’est de faire du bruit. Quand les filles partent les tounes, je suis bandée." Bandée avec un e, oui.

"C’est ben important pour moi que ce ne soit pas la nature féminine du groupe qui prime", ajoute la chanteuse sur une note plus sérieuse. "C’est sûr qu’il y a des gens qui vont venir nous voir parce que nous sommes quatre filles, mais je ne veux pas qu’ils reviennent pour cette raison."

Machinegun Suzie – le nom d’une des égéries malcommodes du Lucien Francoeur période Freak de Montréal – trouvait un nouveau visage en 2010 sous l’impulsion de la section rythmique de Molly’s Decline, défunte armada garage rock au sein de laquelle ont sévi Steph Duchesse (Jet Black), bassiste dont l’ampli vrombit comme une Harley qui démarre, et Pouliche (Cobrateens), impitoyable batteuse – c’est bien le mot – qui malmène probablement ses tambours avec des marteaux. "J’avais vu Molly’s Decline en show et les filles m’avaient laissé une forte impression. Quelques semaines plus tard, j’ai croisé Pouliche dans la rue et je lui ai dit: "Si jamais vous avez besoin de quelqu’un de plus pour faire n’importe quoi, appelez-moi." Elle a gardé cette proposition en tête et quand Molly’s s’est séparé, elle est revenue me voir", se rappelle la jeune vétérane Yvonne Eric, qui a gagné ses épaulettes au sein des mythiques Hellcats. Bébé Velours (La Chose), féroce guitare héroïne, complète cet authentique supergroupe de la scène rock défonce de Québec.

La Suzie à quatre têtes, qui se réclame du grunge de L7 et de l’incendiaire mouvement Riot grrrl (sans en adopter l’activisme), ne tarderait pas à mettre à sa main le petit catéchisme du stoner rock tel que rédigé par Josh Homme. Loin des odes à la dope que beuglait jadis le leader de Queens of the Stone Age, Yvonne Eric préfère investir l’imaginaire équestre. "Notre son est parent du stoner par accident, surtout parce que la majorité des chansons ont d’abord été composées par Steph et Pouliche à la basse et à la batterie. Si plusieurs de mes textes font référence aux chevaux, c’est parce qu’on jammait dans une écurie."

Des sources qui requièrent l’anonymat rapportent avoir vu quelques pur-sang secouer furieusement leurs crinières pendant les répétitions de MgS.

Machinegun Suzie
Black Paper Horse
(Indépendant)

Spectacle-lancement
Le 25 octobre
Au Cercle