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Musique

La Grande Sophie : Synthèses fantomatiques

Armée de son album le plus fougueux – et réussi – en carrière, la Française Sophie Huriaux, alias La Grande Sophie, rompt avec sa kitchen music et nous balance en pleine gueule les inflexions spectrales et dramatiques de ceux qui se plaisent à hanter une vie.

Il y a de ces journées qui te jettent en pleine figure un nombre incalculable de petits cataclysmes qui feront en sorte que l’horaire prévu, qu’il soit coulé dans le béton ou pas, ne peut que prendre le caniveau. C’était le cas pour La Grande Sophie, alors qu’elle était en pleine série de rencontres médiatiques officielles plus tôt cette année: "Bonjour, ici La Grande Sophie. J’ai un nouvel album qui, ma foi, est pas mal chouette. Aussi, je vais passer dans quelques mois pour vous le balancer live. Oui, EN CONCERT!"

Telle était l’idée principale qui émergeait de cette tournée des grands ducs. Grossièrement.

Dans notre cas, au Voir, nous avions été convoqués en fin d’après-midi, entre deux entrevues radio. La première avait débuté en retard, l’autre ne pouvait être déplacée.

Conséquemment, le premier entretien de Voir avec La Grande Sophie a été on ne peut plus bref. Le temps de se serrer la pince – avec ses 5 pieds 10, elle n’est pas SI grande – et d’échanger quelques mondanités sur le trafic, la température et la raison de son passage québécois, elle devait s’en aller. Avec une promesse: celle de passer plus de temps à décortiquer sa nouvelle bête, La place du fantôme, son quatrième album paru au printemps. "Je suis désolée!" lançait-elle avant de s’engouffrer dans la double porte vitrée qui la mènerait à un studio radio-canadien.

Recherche et sauvetages

"Pour La place du fantôme, j’ai longtemps eu le syndrome de la page blanche", confie-t-elle au bout de son fil parisien. "Quand j’ai commencé à écrire cet album, je me suis accrochée à ma guitare et j’ai trimé dur pour que ces chansons voient le jour. Au-delà de la difficulté, je sentais que cet album était nécessaire. J’étais en constante recherche du présent."

Des heurts créatifs desquels est issu l’album, il émerge contre toute attente un immense sentiment de liberté, qui s’apprécie particulièrement dans l’éclectisme de ses arrangements, de sa réalisation opulente, mais aussi dans la voix de Huriaux: plus assumée que jamais, au registre étonnamment varié. "J’utilise mon timbre de voix dans sa totalité… Je chante très très grave dans Peut-être jamais, et j’utilise ma voix de tête dans Bye bye ou Suzanne et ça, je l’avais rarement fait", affirme celle qui a été sacrée révélation scène de l’année 2005 aux Victoires de la musique.

À propos de l’esthétique bigarrée de La place du fantôme, Huriaux soutient: "Malgré le fait que la base reste le précédent album, qui était plus acoustique, et que les genres s’entrecoupent joyeusement, c’est ce côté synthétique qui vient assurer un fil conducteur, une continuité. Par moments, ils sont plus tempérés… je tenais à faire un savant mélange entre l’acoustique et le synthétique pour créer quelque chose qui m’appartenait."

Jouer le jeu

Cette volonté d’approfondir le côté new wave de la chose remonte à son deuxième album, alors qu’elle a eu la veine d’expérimenter le groove box, bidule qui permet de créer des boucles rythmiques. "Je me suis vraiment amusée avec ça… Justement, j’avais envie d’aller plus loin, mais aussi de m’entourer de gens qui allaient me permettre cette folie-là…"

C’est là qu’entrent en jeu les coréalisateurs Vincent Taurelle, Vincent Taeger et Ludovic Bruni, qui oeuvrent principalement dans les sphères jazz de l’Hexagone dans Le Sacre du Tympan, un big band jazz. "Ces gars-là jouent aussi pour Charlotte Gainsbourg et pour Alain Souchon", ajoute Huriaux, alors qu’on supposait que la liberté intrinsèque au jazz teintait quelques moments de l’opus. "Ils adorent jouer avec le son. Ils abordent la musique avec un côté très ludique et j’ai besoin de me sentir à l’aise et de jouer en studio. Donc, cette expérience a été un réel plaisir."

À mi-chemin de l’entretien, on se permet d’évoquer notre pièce préférée de l’album, Ma radio, tonique et renversante tempête en milieu contrôlé qui se termine sur un crescendo de plusieurs minutes. Seule curiosité: la chanson arrive sixième, divisant l’opus en deux parties presque égales. "J’ai pris énormément de temps à faire le tracklisting de l’album. Toutes les pistes sont liées. Dans le cas de Ma radio, je laisse parler les instruments, chose que je n’avais pas faite auparavant. C’est probablement dû à ce que j’ai fait entre mes albums", laisse-t-elle planer.

Et ce fantôme, ou plutôt "ces" fantômes – parce qu’on les imagine nombreux -, quelle place prennent-ils dans la carte du ciel de La Grande Sophie? "Je crois que la réponse se trouve dans l’album", conclut-elle, pudique.

QUÉBEC
Le 2 novembre
À L’Anglicane

ESTRIE
Le 8 novembre
À la Maison de la Culture de Waterloo

Le 10 novembre
Au Vieux-Clocher de Magog

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