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Musique

PONCTUATION : En majuscules

Porté par la rumeur favorable émanant de concerts endiablés, PONCTUATION s’est inscrit dans la légende rock de la ville de Québec. Voici que le duo livre un dernier artefact autoproduit avant que ne paraisse son premier album.

Dans un terreau rock engraissé par les cadavres exquis de figures emblématiques – des Mégatones jusqu’aux Secrétaires Volantes –, tous désormais réduits à l’état d’inspirant compost, le groupe de Québec PONCTUATION cultive une tradition garage qui force l’admiration.

«C’est drôle, parce qu’on a découvert sur le tard que cette scène rock de Québec existait, vu qu’on est un peu jeunes (28 et 30 ans) pour avoir connu autre chose que les Secrétaires, et encore, à la toute fin», expose Guillaume, chanteur et guitariste. «C’est notre tante qui a fait notre éducation en rock made in Québec. Elle en a fait partie, elle était dans Les Minounes, et Les Go-Frettes», ajoute Maxime, le batteur.

Et si la musique des frères Chiasson arpente un sillon réjouissant mais souvent fréquenté, elle s’est forgé une identité propre, les chansons du duo déclinant des structures haletantes, des rythmiques poignantes et des mélodies d’une remarquable efficacité. Sans parler d’un humour aussi décalé que les voix qui les livrent, parfois dans une orgie de réverbération.

«Comme nous sommes deux, et qu’avant, on n’avait jamais joué dans ce genre de format, je me suis rendu compte que les mélodies portent les chansons et font oublier le vide», avance Guillaume, dont le jeu de guitare avait l’habitude de remplir l’espace laissé vacant par l’absence de basse. «Sauf que là, on travaille à laisser un peu plus d’air aux chansons.»

En témoigne déjà Comment ça, reprise en français du classique de Comanche, «comme les Baronnets qui faisaient des tounes des Beatles», sur lequel débute le tout nouveau split qu’ils partagent avec le groupe électro-punk Le monde dans le feu. Sur ce flexi-disc vert que son format confine dès sa parution à l’objet de collection, chaque groupe reprend une chanson de l’autre, dans un mariage impossible qui ne pouvait donner naissance qu’à ce genre de sympathique mutant.

«Mais c’est notre dernière production maison», annonce Guillaume. Après deux EP et cette proposition, tous enregistrés dans l’indigence des moyens du bord, PONCTUATION s’apprête à conclure le premier paragraphe de sa musicographie par une phrase longue, riche, terminée par un point d’exclamation. Un premier album complet.

Mais surtout, pour la première fois, le groupe s’en remet à d’autres pour évaluer sa musique. «On ne voulait plus tout faire nous-mêmes, nos chansons finissaient par nous tomber sur les nerfs, on n’avait pas de recul pour évaluer ce qu’on faisait», continue Maxime.

Le premier essai complet du groupe est terminé, immortalisé sur ruban analogue par Howard Bilerman, auquel on doit autant le dernier Cœur de pirate que le premier Arcade Fire (et qui a aussi collaboré avec GSYBE, Wolf Parade). «Et les Spaceshits», ajoute Guillaume. «Il s’identifie à l’approche de Steve Albini, quelque chose de très vrai, sans édition à l’ordinateur… Au fond, on a pris la même approche que lorsqu’on faisait les choses nous-mêmes, mais avec un peu d’aide.»

Ne restera ensuite qu’à signer avec une maison de disques pour qu’enfin PONCTUATION inscrive son nom en majuscules dans l’histoire du rock de la capitale.