Dumas : Le retour de la Jaguar
Musique

Dumas : Le retour de la Jaguar

Dumas astique sa Fender Jaguar sur laquelle il plaquera en spectacle les riffs de L’heure et l’endroit, son album le plus lumineux en carrière.

Observer le parcours de Dumas équivaut souvent à suivre un cours 101 sur le jeu des perceptions. Suffit de se référer à son horaire de l’été dernier: entre ses concerts à Osheaga et au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, donnés devant des mélomanes avertis pour qui il incarne l’exemple type de l’artiste mainstream fréquentable (mais mainstream quand même), l’auteur-compositeur rejoignait à quelques reprises la bande de jeunes rossignols de Star Académie en tournée afin de reprendre en choeur son tube Le bonheur (Rien ne nous arrêtera) devant des hordes de téléphages plus ou moins familiers avec son oeuvre. «C’est la complexité de mon personnage», remarque, amusé, le principal intéressé. «Comme je ne suis plus le jeune premier, je ne peux plus compter sur l’effet de surprise. Ça change la donne vis-à-vis de la critique et de certains mélomanes qui se sont fait une idée de moi après le succès du Cours des jours. À l’inverse, l’équipe de Star Académie reconnaît la longévité de mon parcours en m’invitant, même si ce ne sont pas tous ses téléspectateurs qui me connaissent bien.»

Le chanteur ne conçoit ainsi aucune gêne à être vu aux côtés des académiciens, faisant fi des qu’en-dira-t-on pour mieux se prévaloir de la plateforme qu’aménage pour la chanson francophone la milliardaire émission. Même pas de petit dilemme moral? «Non, pas vraiment. On m’a fait une belle invitation en mars lorsque j’ai lancé L’heure et l’endroit. On a consacré tout un segment à mon nouvel album, ce qui est exceptionnel. Il n’y a pas beaucoup de tribunes ces temps-ci pour la chanson francophone, et mon combat, moi, c’est la chanson francophone. Faire découvrir un artiste comme Philippe Katerine à un vaste public, ce n’est pas rien.»

Vieille flamme

Sous l’influence des Talking Heads, le chanteur repart sur la route avec l’ambition d’assujettir à un ordre du jour résolument percussif les mélodies ingénues de son plus récent album, le plutôt sixties L’heure et l’endroit, en exploitant entre autres les talents de batteur de son éternel allié, le guitariste Jocelyn «Doctor» Tellier. «Contrairement à ma dernière tournée Comme un train dans la nuit, qui était plus assise, disons, je n’apporte aucune guitare acoustique. J’ai récemment ressorti ma Fender Jaguar, que j’avais remisée depuis quelques années. C’est parfois bon pour la création de jouer sur une nouvelle guitare, mais ressortir une vieille guitare, c’est comme retrouver une ancienne flamme.»

Soulagement: le nouveau père jure solennellement qu’il n’assommera pas ses fans avec des monologues sur les joies des purées en pot. «C’était le running gag quand j’étais plus jeune: « Ouain, cet artiste-là, il était bon jusqu’à ce qu’il fasse son album de paternité« », rigole-t-il.

Homme visiblement heureux, Dumas se félicite d’avoir écrit un album sur lequel ne plane pas le nuage gris du spleen, un sentiment avec lequel il a beaucoup frayé. «C’était en quelque sorte une contrainte que d’essayer de faire quelque chose de moins mélancolique. Quand je réécoute L’heure et l’endroit, je me dis parfois que j’aurais pu faire un album plus nuancé, sauf que pour les shows, c’est sûr que ça va être cool de jouer des chansons lumineuses.»

Le 21 décembre
Au Grand Théâtre