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Musique

Catherine Durand : Les peaux de lièvre

Malgré de venteuses saisons du cœur, Catherine Durand trouve un réconfort dans la lumière que reflètent Les murs blancs du Nord. Avant d’enfiler son parka pour une tournée hivernale sous un ciel déversant des peaux de lièvre (c’est son souhait), la chanteuse se souvient d’un voyage en Islande.

Il a neigé des peaux de lièvre sur la province de Québec hier soir. Le bel adon: Catherine Durand présentait pour la première fois sur scène, dans la métropole, son cinquième album paru à la fin de l’été dernier, Les murs blancs du Nord. Un si bel adon, répétons-le, à croire que l’auteure-compositrice-interprète avait pactisé avec dame Nature afin d’être gratifiée d’un temps en phase avec le climat hivernal, mais qui réchauffe néanmoins le cœur, prévalant sur cette cuvée de chansons repousse-horizon. «Même pas, même pas, rigole-t-elle au bout du fil. C’est un beau cadeau que je n’ai pas demandé. Je l’aurais commandé que je n’aurais pas eu meilleur service.»

Durand n’a pourtant pas toujours été dans les bonnes grâces de la météo au cours des dernières années, s’il faut en croire les venteuses saisons du cœur sévissant à l’intérieur de ces Murs blancs du Nord, un disque transi de solitude sur lequel soufflent les vents contraires des déveines amoureuses et des tempêtes intérieures. Tempêtes intérieures que la chanteuse allait fuir en Islande, le temps d’un séjour au cours duquel lui est advenu ce titre à la fois fort et énigmatique, qui marque impérissablement l’imaginaire. «C’est toujours très difficile de donner un titre à un album, avoue la jeune vétérane. C’est un des moments les plus pénibles dans le processus de création. Il faut trouver ce que les chansons ont en commun, et pour celles-ci, c’était le voyage en Islande qui les a inspirées. Je me suis souvenue d’un moment en particulier que j’ai vécu là-bas: je me suis retrouvée à un endroit où tout était blanc, on ne voyait plus l’asphalte, on ne voyait plus la démarcation entre ciel et terre. J’étais entouré de 360° de vide, 360° d’une blancheur qui ressemblait aussi à des murs. J’avais l’impression d’être emmurée, mais je n’étais pas emmurée dans le gris ou le noir, j’étais emmurée dans le blanc, il y avait donc une lumière, un espoir.»

Un espoir que la chanteuse s’efforce de nourrir en assurant, dans une des plus prenantes chansons de l’album, que L’aube t’attendra, promesse troublante parce que livrée davantage sur le ton de la supplication que de l’engagement solennel. Est-ce une idée à laquelle tu crois fermement, Catherine, que le printemps succède métaphoriquement toujours à l’hiver, ou essayais-tu plutôt de t’en convaincre comme ta voix fragile le laisse entendre? «Ça dépend des journées. C’est ça le défi quand tu passes à travers des moments difficiles: te dire qu’un jour, ça va finir par être beau et lumineux. C’est ça, l’essence de cette chanson-là. Mais je suis très capable d’être triste, je suis capable d’avoir des moments sombres. C’est souvent dans ce temps-là que je suis portée à écrire, ce qui explique pourquoi la mélancolie est une tonalité très présente dans mon œuvre.»

Sur scène avec Justin Allard (batterie), Denis Faucher (claviers) et son fidèle acolyte Jocelyn Tellier (guitares), Durand promet un concert plus mordant que l’album – «J’ai des musiciens capables de jammer. Quand on peut s’envoler, on s’envole» –, conçu pour apaiser le blues post-février. «J’aime l’hiver parce que l’écoute est très différente en hiver, confie-t-elle. Le craquement de la neige sous nos pas et le bruit des arbres sans feuilles me touchent beaucoup quand je suis en forêt, ça a quelque chose de très apaisant. Mais je suis heureuse de vivre dans un pays de quatre saisons; la suivante arrive toujours au bon moment. Quand on est juste assez tanné de l’hiver, le printemps nous libère.» Et quand le printemps semble encore si loin, Catherine Durand nous aide à nous accrocher.

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