The National : Les habits neufs des empereurs
Musique

The National : Les habits neufs des empereurs

Les chouchous rock The National sont un peu moins tirés à quatre épingles sur Trouble Will Find Me, leur sixième album.

«C’est parfois facile de dire: “Ah! Un nouvel album de The National. Ce sera bon, mais similaire!”», lance – pince-sans-rire et en français – le guitariste Bryce Dessner en abordant les clichés entourant son groupe (dont le fameux spleen du chanteur Matt Berninger). «Et je comprends pourquoi les gens disent ça», poursuit-il, pointant la voix graveleuse de l’interprète ainsi que les rythmiques distinctes de Bryan Devendorf. «Mais pour nous – les musiciens du groupe –, il y a beaucoup de détails qui sont différents sur ce disque-là.» 

Mieux encore pour la troupe, Trouble Will Find Me laisse peu de critiques indifférents. Bien qu’à Voir, Olivier Robillard Laveaux ait souligné quelques faiblesses mélodiques, Pitchfork a apposé un 8,4 sur 10 au CD (à titre de référence, Neon Bible d’Arcade Fire a eu droit à la même note). Ainsi, les «faiblesses» observées par l’un sont les «expérimentations» saluées par d’autres. Pendant ce temps, chez The National, on se félicite d’avoir livré «le-meilleur-album-à-ce-jour», bien sûr, mais surtout d’avoir eu le culot d’enregistrer des pièces honnêtes plutôt qu’une suite dans les tons du populaire High Violet (2010). «Par le passé, nous étions plus préoccupés par ces questions de styles musicaux. Vous savez: “Est-ce que c’est trop ceci? N’est-ce pas assez cela? Qu’est-ce que les gens vont en penser si on joue ainsi ou non? Qu’est-ce que tout ça veut dire!?”, you know!», confie Dessner avant de glisser qu’«avec Trouble, nous étions plus à l’aise de juste… composer des chansons. On ne s’est pas dit: « Sur celui-ci, on fait de la dance music. Sur ce disque-là, on se lance dans des expérimentations électroniques ou l’on revient avec un album beaucoup plus rock! Cette fois, on ne s’est attardé qu’à des chansons qui nous interpellaient, sans s’imposer de limites sur nos idées».

L’allégorie du courant d’air

Parmi les nouveautés introduites sur Trouble, Dessner fait mousser la production plus organique, l’utilisation de synthétiseurs vintage, une approche plus audacieuse des temps et tempos ainsi qu’une porte encore plus ouverte à la collaboration. On peut notamment y entendre St. Vincent tout comme Sufjan Stevens qu’on retrouve aux claviers et à la boîte à rythmes. Le coefficient d’artistes liés au Québec monte aussi d’un cran alors que Richard Reed Parry – qui coopère avec The National depuis belle lurette – est ici accompagné de Marcus Paquin, mixeur et musicien qui s’est tout d’abord fait connaître au sein de la formation montréalaise Silver Starling. «Parfois, surtout lorsqu’il est question de groupes rock qui deviennent un peu célèbres, il est facile de s’attacher à l’arrimage. De penser: “O.K. Y a ça qu’on fait vraiment bien. Ne faisons que ça!” Nous, on a très peur de ça. On a très peur d’arrêter d’apprendre. Depuis nos débuts, on dit qu’on laisse nos fenêtres un peu ouvertes, histoire de faire circuler nos idées», conclut le guitariste.

Trouble Will Find Me (4AD)