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Louis-Philippe Gingras : Bon, brute et truand
Musique

Louis-Philippe Gingras : Bon, brute et truand

L’auteur-compositeur-interprète Louis-Philippe Gingras offre un premier album particulier où se côtoient folk et country, poésie de brocante et secrets souvent bien gardés.

Un mois avant de littéralement dévaliser le Festival en chanson de Petite-Vallée (le bonhomme y a récolté pas moins de six prix!), Louis-Philippe Gingras dévoilait Salut Man!, un maxi enregistré en compagnie de Dany Placard qui révélait un artiste folk à l’univers pittoresque, où le contenu d’un frigo est chargé de sens (Fortune Cookie) et où un cowboy n’a de western que la «bail» de foin qu’il a dans la gorge lorsqu’il braille (J’ai quand même le droit de te chanter du country). Un an plus tard, le jazzman de formation – qui partage son temps entre son Abitibi natale et son appartement de Montréal – récidive avec Traverser le parc, un premier disque solo qui n’en est pas vraiment un.

«C’est davantage un album de band», précise Gingras en expliquant les reprises plus musclées de Salut Man! (la «bluesy» Hotel Continental a maintenant plus de coffre, par exemple) qui accompagnent ses nouvelles compositions lustrées de cuivres et autres fioritures de bon goût ici et là. Pour appuyer ses dires, il y ira d’une métaphore de coin de table pas piquée des vers. «Salut Man! était surtout un album solo “de cuisine”. Le disque d’un gars tout seul chez lui qui est peut-être accompagné au ukulélé par un de ses chums assis à côté. Traverser le parc a davantage été approché comme un album de band, comme un gros show

De l’importance de jouer du buffer dans la Shed…

Une fois de plus, Gingras a fait appel à Placard pour l’épauler sur scène et sur disque. Lorsqu’on lui demande ce que le chanteur et réalisateur (on lui doit également des albums de Chantal Archambault, Tire le coyote et Francis Faubert, notamment) a amené à cette traversée du parc, Louis-Philippe n’hésite pas. «Dany a amené son écoute formidable… le petit côté trash de sa Shed», lance-t-il en faisant référence au studio où a été enregistrée l’œuvre. «Il a injecté un son très “rock” à la basse. Comme c’est un guitariste, il approche la basse comme si c’était une guitare et ça donne un côté plus raw que j’aime bien. Danny a aussi un esprit de concision qui n’est pas nécessairement dans mes tounes. Il m’a beaucoup aidé pour structurer mes pièces, couper dans le gras et jouer du buffer pour placer le tout.» Le principal intéressé, de son côté, a innové en trimballant une poésie inattendue dans la cabane de Placard.

Faire sa job

Bien que l’essentiel de son œuvre s’écoute sourire en coin, Gingras surprend ici en racontant une traversée du parc qui, visiblement, a été particulièrement cahoteuse. «2012-2013 a été une année difficile pour moi. J’suis passé par trois hospitalisations pour troubles bipolaires avec psychose et tout le truc. J’ai commencé à aller mieux que lors de la deuxième semaine d’enregistrement du disque. Veux, veux pas, j’avais le goût de parler de cet épisode-là sans être trop direct ou moralisateur à propos de ma maladie. De toute façon, je n’ai jamais vraiment parlé directement de sujets très précis dans mes chansons. À soir, bebé, par exemple, a été écrite pendant une période dépressive. Je me sentais vraiment “comme une plante qui pousse dans ton salon”.»

VoirÇa jette un nouvel éclairage sur la chanson. C’est un peu moins «ha, ha» maintenant, disons… 

Louis-Philippe Gingras: «Mais ça doit demeurer «ha, ha» un peu, justement. On peut en rire quand même, ne serait-ce que pour revenir sur l’absurdité de ces pensées-là à l’époque.»

Question un peu bête, mais pourquoi aborder cette maladie en chanson? Après tout, plusieurs de tes collègues garderaient ça secret ou l’aborderaient ailleurs que sur un premier album.

«Ben moi je préfère en parler, mais ce n’est pas pour me plaindre. C’est en apprenant des trucs comme ça que certaines personnes peuvent être portées à en parler à leurs proches ou être convaincues d’aller consulter. Si ça peut aider une personne, my job is done!»

Traverser le Parc

(Simone Records)

Disponible le 30 octobre

Concert de lancement montréalais le même jour au Bar Salon Midway, en formule 5 à 7.