Buzz montréalais : Ce qu'il reste de Montréal
Musique

Buzz montréalais : Ce qu’il reste de Montréal

Près d’une décennie après que la ville ait été annoncée comme la prochaine grande Mecque du rock, que reste-t-il du buzz montréalais tant colporté? Une centaine de professionnels du milieu musical international seront présents à M pour Montréal afin de le découvrir.

Toutes les oreilles étaient tendues vers Montréal le 6 février 2005. Le journaliste David Carr du New York Times signait alors un article sur la scène musicale montréalaise, en comparant notamment son potentiel et sa fougue à la mythique scène grunge de Seattle des années 1990. On y faisait mention de groupes clés de la scène comme Arcade Fire, The Dears, Sam Roberts et The Stills.

«À l’époque, ta musique avait automatiquement une valeur ajoutée si tu venais de Montréal», indique le producteur électronique Poirier, dont la carrière internationale débutait alors. «Je ne crois pas que ce soit encore la réalité aujourd’hui, mais ça a tout de même eu comme effet d’asseoir la réputation de Montréal dans le panorama musical international.»

La rédactrice en chef du journal et webzine culturel Cult Montreal Lorraine Carpenter croit également que le rayonnement actuel de la scène montréalaise est tributaire de l’intérêt médiatique de jadis. «Ça lui a permis de développer sa particularité, explique-t-elle. La scène montréalaise est maintenant reconnue pour sa variété et sa vivacité.»

Un intérêt bien réel

Ce dynamisme est précisément ce qui attire les promoteurs, critiques et producteurs du monde à se rendre à un événement comme M pour Montréal – dont la mission est d’offrir aux artistes locaux un tremplin vers les marchés internationaux. Le président et fondateur du festival, Sébastien Nasra, croit que la ville a dépassé depuis longtemps le stade de la curiosité passagère: «Montréal est désormais vue comme un lieu unique de création et de rencontres. Bien des gens la considèrent comme un vivarium de nouvelles musiques.»

Plusieurs artistes locaux ont d’ailleurs réussi à intéresser les professionnels lors de leur passage à M pour Montréal. C’est notamment le cas de Patrick Watson, Karkwa et, plus récemment, Half Moon Run. «Le groupe a joué au festival il y a deux ans alors qu’il commençait à peine, se rappelle Sébastien Nasra. Le coup de cœur a tellement été intense qu’on a dû organiser un autre spectacle. Les gars ont été invités à participer à plein de festivals par la suite.»

Rayonnement circonscrit

Ces quelques cas de rayonnement à l’international sont toutefois limités à Montréal. C’est ce qui rendrait paradoxalement la ville encore plus attirante d’un point de vue artistique. «La plus grande qualité de notre scène, c’est que personne ne cherche le spotlight en voulant être le prochain Arcade Fire», avance l’un des fondateurs du festival Pop Montréal, Dan Seligman. «Les artistes d’ici préfèrent établir le trend que de le suivre. Grimes en est un bon exemple.»

Le succès de la chanteuse et musicienne électronique est d’ailleurs davantage lié à sa résonance internationale qu’à sa «montréalité». «Les artistes qui ont actuellement du succès à l’international comme Grimes, Jacques Greene et Lunice ne sont pas automatiquement rattachés à Montréal», ajoute Poirier, qui se prépare à une tournée de spectacles qui l’amènera jusqu’en Inde. «Ils sont reconnus parce que leur musique est audacieuse et actuelle.»

C’est donc dire qu’au lieu de s’estomper, le buzz montréalais se transforme. Loin d’avoir usé à la corde un son défini et figé dans le temps, la scène d’ici s’est plutôt servie de l’attention internationale comme plateforme de lancement pour étaler sa diversité.

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