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Musique

À la rescousse des scènes alternatives

Amendes salées, plaintes de bruit, problèmes avec l’arrondissement, manque de soutien financier… Les réalités auxquelles sont confrontés les petits lieux de diffusion musicale sont accablantes à Montréal. Certains propriétaires et artisans ont toutefois décidé de faire entendre leurs voix jusqu’aux instances politiques.

15 octobre 2013. Comme chaque mardi depuis plus d’un an, le saxophoniste et claviériste Vincent Stephen-Ong joue avec son groupe Kalmunity aux Bobards, en plein cœur du Plateau. Juste un peu avant minuit, les policiers débarquent. Vincent et sa troupe ne jouent pourtant pas plus fort que d’habitude. Peu importe, la plainte coûtera 1250 $ à l’établissement.

«Quand je suis arrivé chez moi, je ne pouvais tout simplement pas accepter les circonstances», se rappelle Vincent Stethen-Ong. Il crée alors la page Facebook Sauvons le Plateau et publie une vidéo sur YouTube dans laquelle il rappelle l’importance de la culture dans le quartier.

«Pour moi, c’est inadmissible que certaines personnes déménagent sur le Plateau pour son côté trendy et finissent par se plaindre des choses qui l’ont justement rendu comme ça.»

Le mardi suivant, les conseillers de ville et d’arrondissement du district Jeanne-Mance, Alex Norris et Christine Gosselin, répondent à l’appel. «Ils sont venus voir le show aux Bobards. Nous avons parlé de possibles solutions, mais aucune action concrète n’a été promise», affirme le musicien.

Réélu le 4 novembre dernier, toujours sous la bannière Projet Montréal, Alex Norris se dit conscient de la situation: «Même si je ne peux commenter le cas des Bobards directement, je peux vous assurer que nous travaillons à protéger la scène musicale vibrante du Plateau. Nous voulons qu’il y ait une saine cohabitation entre celle-ci et les résidents.»

«Ça n’a aucun sens!» 

À quelques stations de métro de là, c’est le café-bar L’Escalier qui a des démêlés avec son arrondissement, Ville-Marie. Après qu’on lui ait souligné son absence de permis de spectacles, la direction de l’établissement a pris soin de faire les rénovations nécessaires afin d’en obtenir un. «On a fermé pendant un mois pour bien isoler les murs du fond, explique le chargé de la programmation de l’institution, Félix-Antoine Morin. On s’est ensuite fait dire que la cloison devait mesurer cinq pieds d’épaisseur. Si on fait ça, on perd notre salle de bain et notre cuisine. Ça n’a aucun sens!»

Pris au dépourvu, l’établissement doit rester plus discret que jamais. L’épreuve est particulièrement difficile à surmonter, considérant que ce sont les spectacles éclatés et diversifiés qui ont fait la réputation de l’endroit. «Présentement, on marche sur des œufs, confie le programmateur. On ne fait presque plus de publicité afin de ne pas se faire remarquer. Le pire là-dedans, c’est qu’on n’a jamais eu une plainte de bruit en 15 ans.»

Les lois d’arrondissement qui interdisent le «bruit excessif» donnent évidemment lieu à des interprétations divergentes pouvant désavantager les nombreux bars qui ne sont pas dans le Quartier des spectacles. «Ces lois sont les mêmes pour les petites salles et les grosses comme le Métropolis, déplore Félix-Antoine Morin. On doit s’unir afin de faire une distinction entre les deux.»

Un réseau pour se faire entendre

C’est dans cette optique de rapprochement que le Réseau des scènes alternatives du Québec (RSAQ) a été créé il y a quelques semaines. Composé d’établissements montréalais renommés comme le Divan orange, L’Alizé et les Foufounes électriques, le réseau se consacre à défendre les besoins de ces petites salles de spectacle qui sont uniquement enregistrées comme des tavernes, bars et boîtes de nuit.

«Par conséquent, ces lieux ne peuvent recevoir de soutien des paliers gouvernementaux puisqu’ils sont considérés comme des bars, résume le directeur général du RSAQ, Simon Gauthier. Pourtant, ils sont au cœur même des relations qui se tissent entre les artisans, les amateurs et les intervenants publics œuvrant dans le domaine culturel, autant local qu’international.»

Le RSAQ réclame donc des subventions afin d’éponger le risque financier que beaucoup de ces scènes alternatives prennent en programmant des artistes de la relève qui ne sont pas encore connus. «Tout le monde est d’accord pour outiller la relève musicale, mais l’outil principal de ces artistes est bien souvent la salle dans laquelle ils jouent», fait remarquer la cofondatrice du réseau, Karine Bénézet. «Notre but principal est d’offrir à nos membres une reconnaissance auprès des instances municipales jusqu’aux ministères puisque c’est un sujet qui touche tout le Québec.»

Œuvrant dans le district où il y a la plus forte concentration de lieux de diffusion au Québec, Alex Norris admet n’avoir été mis au fait d’aucune démarche de la part du RSAQ. «Il nous fera toutefois plaisir d’entendre ses propositions, ajoute le conseiller municipal. Nous sommes ouverts à toutes suggestions ayant pour but de renforcer la scène musicale émergente.»

Ne reste donc qu’à ouvrir le dialogue afin que les petites salles de la métropole continuent de faire rayonner le talent musical alternatif.

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