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Le Vent du Nord : Le vent nouveau
Musique

Le Vent du Nord : Le vent nouveau

À la veille de son incontournable Veillée de l’avant-Veille, Le Vent du Nord prouve qu’il maitrise suffisamment les codes de la musique trad pour écrire sa propre tradition.

Qu’arrive-t-il lorsqu’un groupe traditionnel comme Le Vent du Nord, qui a passé une décennie à fouiller le terroir québécois pour y déterrer les perles rares de notre folklore, décide d’écrire ses propres nouvelles compositions? Peut-on encore l’affubler du terme «traditionnel» considérant que son répertoire s’éloignerait ainsi de nos racines, de notre passé?

«La question est bonne et se trouve au cœur des préoccupations du Vent du Nord», répond Nicolas Boulerice, multi-instrumentiste et chanteur. Car, après-tout, le quatuor lanaudois est à la croisée des chemins. En onze ans de carrière, il a lancé sept albums, s’est produit un peu partout dans le monde, s’est distingué aux Juno, a reçu le Grand Prix de l’académie Charles Cros et a ancré son concert du jour de l’An, La Veillée de l’avant-Veille, dans nos habitudes. Que lui reste-t-il à accomplir sinon à se servir de sa grande maîtrise de la chanson traditionnelle pour apporter son grain de sel et donner, à son tour, sa vision de notre histoire.

L’envie de composer trotte dans l’esprit du Vent du Nord depuis quelques années. Paru en 2012, l’album Tromper le temps immortalisait déjà quelques chansons originales, dont l’excellente Lettre à Durham. Près de deux ans plus tard, plusieurs nouvelles compositions marquent la préproduction du prochain album. Or, à l’oreille, il est difficile de distinguer le nouveau matériel du Vent du Nord et celui qu’il récolte à travers ses fouilles de la tradition. «Pour rester coller avec la personnalité du groupe, on aborde nos compositions comme si elles avaient été écrites dans le passé. Parce qu’avec le temps, on a découvert les grands thèmes universels des musiques trad. Aujourd’hui, nos sociétés sont nettement plus complexes, on a chacun notre manière de faire. Mais à la base, on vivait dans des maisons sans d’électricité et eau courante. On devait chasser, vivre des récoltes, affronter les épidémies, les guerres, l’amour, la mort. Ces manières de vivre se retrouvent dans la musique traditionnelle, et les prémices derrière les chansons trad sont aussi les mêmes. On les composait pour oublier ou pour se souvenir», explique Boulerice qui planche également sur son premier disque solo, un album folk s’éloignant du trad.

En abordant ainsi la composition, Le Vent du Nord s’assure de ne pas jouer dans les plates-bandes plus contemporaines de Mes Aïeux. «J’aime bien Mes Aïeux, mais notre but n’est pas de chanter sur la société d’aujourd’hui. On souhaite plutôt aborder notre passé pour rester en phase avec la tradition et jeter un nouvel éclairage sur nos vies.»

«Au fond, la musique traditionnelle est devenue un genre. Les gens la considèrent davantage comme un style musical plutôt qu’un effort pour déterrer les chansons de nos ancêtres. Il n’y a pas si longtemps, je t’aurais dit que ça me dérange. Mais aujourd’hui, je me dis que c’est en considérant le trad comme un genre qu’on risque de le faire évoluer et de se distinguer en tant que groupe. Les gens pensent souvent à tord que tous les groupes de trad sont interchangeables. Je me dis que la solution réside dans la création, même si elle va à l’encontre du fondement du trad.»