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Musique

Hänsel et Gretel : Acrobaties et friandises

Habitué à frayer avec l’univers des contes, le metteur en scène Hugo Bélanger fait ses premiers pas à l’opéra en revisitant Hänsel et Gretel dans un mélange de cirque, de musique et de théâtre.

Ayant beaucoup travaillé en théâtre jeune public mais également connu pour ses versions ludiques et exacerbées des pièces de Carlo Gozzi, Hugo Bélanger est spécialiste du jeu masqué et adepte d’un théâtre très physique. Le voici à l’opéra, où il compte faire comme d’habitude un spectacle accessible et rythmé, mais où il expérimente une certaine mise en danger artistique.

«L’opéra doit rester vivant, dit-il. C’était un art archi-populaire à une certaine époque, dans le sens où il était fréquenté par le peuple. C’est moins le cas aujourd’hui, peut-être à cause du coût des billets, mais dans ma pratique, j’ai toujours personnellement été convaincu que tout art doit être accessible et s’adresser au plus grand nombre. Sans niveler par le bas.»

Collaborant avec des artistes issus de l’École nationale de cirque, Bélanger s’est assuré de croiser les disciplines dans un mouvement organique et naturel, sans dénaturer la partition musicale. «Un opéra, explique-t-il, c’est très minuté, le metteur en scène ne peut pas étirer ou accélérer le temps pour insérer des images et des respirations, comme on le fait très souvent au théâtre. La musique impose en quelque sorte un langage, une narration, et il n’est pas possible de l’interrompre pour ajouter du cirque entre les notes. On a intégré les arts du cirque parce que c’était fondamentalement en accord avec le propos.»

Le spectacle est donc porté par une imposante distribution de chanteurs et d’artistes de cirque. Dans Hänsel et Gretel, pourtant, les enfants et la sorcière ne croisent pas beaucoup de personnages. Qui sont donc ces acrobates, contorsionnistes et équilibristes qui entoureront les protagonistes? «Une chose qui m’a toujours paru mystérieuse dans l’histoire, c’est que lorsque la sorcière fait cuire les enfants pour les manger et qu’ensuite elle meurt, des enfants apparaissent et sont soudainement libérés du joug de la sorcière. Je me suis toujours demandé pourquoi ces enfants-là n’ont pas été mangés, pourquoi ils ont survécu, et d’où venaient-ils.»

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es, dit l’adage. Hugo Bélanger l’a pris à la lettre et a imaginé que ces enfants qui ont vécu longtemps dans la maison de la sorcière (et mangé beaucoup de bonbons) se seraient transformés eux-mêmes en friandises pour former «une sorte d’armée d’enfants-bonbons aux côtés de la sorcière, comme des acolytes».

«On a travaillé une esthétique qui rapproche la pièce de l’univers originel du conte, poursuit-il. Partout dans le monde, ces dernières années, on voit des versions très contemporaines d’Hänsel et Gretel. Sans stagner au premier degré, j’ai voulu revenir aux sources, je suis très stimulé par les contes, par la narrativité puissante qu’ils contiennent, et j’ai voulu faire un hommage au livre, à la lecture.»

Dans un bon conte, le merveilleux et le terrible doivent constamment se côtoyer. Hugo Bélanger a toujours gardé en tête cet objectif qu’il continue de poursuivre inlassablement: il faut émerveiller et faire peur tout à la fois.

Propos recueillis par André Péloquin

Les 22, 25, 27 et 29 mars à la salle Wilfrid-Pelletier

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