Neko Case : Force capitale
Musique

Neko Case : Force capitale

Active depuis 20 ans dans le milieu musical, Neko Case est de retour avec The Worse Things Get, The Harder I Fight, The Harder I Fight, The More I Love You, l’album de la résilience, composé malgré les embûches.

Plus de quatre ans après Middle Cyclone, Neko Case est revenue à l’avant-scène avec The Worse Things Get, The Harder I Fight, The Harder I Fight, The More I Love You, un album explosif où elle se montre sous un angle plus posé, où elle présente un côté plus calme, résilient.

Il faut dire que Neko Case s’est promenée, depuis sa jeunesse, dans les méandres de relations turbulentes avec ses parents. Épaulée par une grand-mère qu’elle adorait, Case a vu son histoire basculer lorsque les trois sont décédés, successivement, quelques temps avant l’enregistrement de son nouvel album. Bien qu’elle n’ait pas cru, au premier abord, vivre un blocage suite à ces pertes, elle s’est retrouvée prise au piège, bien malgré elle. «J’ai perdu mes parents, mais plus important encore, j’ai perdu ma grand-mère, et ce, dans une courte période de temps. Je ne voulais pas mentir sur ce qui m’arrivait», admet la chanteuse, dans une entrevue réalisée par courriel, alors qu’elle se trouvait en studio.

Lorsque questionnée sur l’abandon dont elle a fait preuve, en admettant qu’elle vivait un moment de dépression, elle qui demeure habituellement la Jeanne D’Arc du country-folk alternatif, elle se rebute: «Je n’étais spéciale ou unique d’aucune manière. Tout le monde passe par ce type de situation ou ferme les yeux. Je n’étais pas non plus nécessairement heureuse d’en parler, mais c’est surtout parce que cette période était d’une banalité pesante.»

Elle chante, dans son plus récent effort, “You’re right, I’m from Nowhere” et “I’ve got calling cards from 20 years ago”, et bien que ces paroles soient empreintes de nostalgie, la principale intéressée affirme qu’elle n’éprouve toutefois pas de tristesse, aujourd’hui. Si elle admet avec un certain humour que la musique est, en quelque sorte, sa maison, elle n’évoque pas une dérive. La résidente du Vermont semble maintenant avoir trouvé son lieu de recueillement, entre les forêts de l’état américain et ses chansons: «Ça ne fait que QUATRE ans que je m’y déplace, graduellement», souligne-t-elle, sarcastique et en majuscules dans le texte.

La nomade, à l’origine, poursuit sa réflexion et son analyse entourant la question de sa “maison”. Alors qu’elle affirme n’être aucunement rancunière et être plutôt terre-à-terre, la flamboyante chanteuse préfère se rappeler le plus souvent les vérités simples et évidentes, un peu comme lorsqu’elle scande avec fougue “I’m a man / That’s what you raised me to be” ou “They won’t believe you / When you tell them / They won’t believe you / When you say, « My mother, she did not love me / My mother, she did not love me« ».

Conclu sur une note plutôt joyeuse, avec la pièce Ragtime (I’ll reveal myself when I’m ready, I’ll reveal myself invincible soon”), le plus récent album de Neko Case provoque ainsi une ouverture très optimiste: «C’était délibéré, bien sûr. Cette chanson invite à reconnaître que les choses iront bien et qu’il faut se laisser aller à s’enthousiasmer des possibilités infinies.»

Impossible de ne pas lui demander de répondre à sa propre question, posée dans la pièce Where Did I Leave That Fire. L’auteure-compositrice-interprète se prête gentiment au jeu: «C’est un feu différent, plus méchant mais plus calme. Le temps l’a construit.»

Tournée, Twitter et tout le reste

L’artiste indépendante qui «ne fait que ce qui [lui] est cher», tourne depuis de nombreuses années et célèbre en 2014 ses noces de porcelaine avec le milieu musical avec une présence toujours plus accrue sur diverses plateformes, dont Twitter, où la dame assure une permanence fort intrigante et engagée auprès de près de 100 000 adeptes. «J’aime être décontractée avec les gens, lance Neko Case. Le calendrier de tournée ne me permet pas d’interagir avec les gens dans une vraie conversation, mais Twitter est idéal pour ça! J’aime vraiment mes fans et j’aime savoir ce qui les fâche, les rend heureux, les détails un peu fous de la vie, des événements plus lourds, peu importe. Je ne peux être présente lorsque je suis effectivement « présente », mais il n’y a pas de pression car il n’est pas un paramètre formel de conversation. C’est agréable!»

Bien qu’elle adore toujours la tournée, Case admet cependant – avec humour et en majuscules, bien sûr – que le passage de “l’orbite domestique” à “l’espace de la tournée” est franchement stressant: «Il y a TANT DE CHOSES à faire qu’on risque d’oublier!» Elle aura cependant le temps de se reposer éventuellement, après sa tournée nord-américaine qui prendra fin début juillet. Prendre le temps de composer un nouvel album et retourner en studio seront sans doute ses principales activités – «J’ai très hâte!» -, tout en prenant quelques moments de repos dans sa résidence du Vermont.

Neko Case n’aura que quelques semaines pour profiter de ce répit puisqu’elle donnera quelques concerts européens en août et repartira ensuite sur la route, à l’automne, avec son groupe formé dans ses premières années à Vancouver, The New Pornographers, avec qui elle vient tout juste d’enregistrer un sixième album; le premier depuis Together, paru en 2010: «Je suis TRÈS emballée!»

Neko Case sera en spectacle le jeudi 8 mai au Théâtre Corona à Montréal puis le 10 mai au Centre Bronson d’Ottawa. The Dodos se chargera des premières parties de ces deux concerts. Dès 20h.