Guillaume Beauregard : Regarde le monde… d'ailleurs
Musique

Guillaume Beauregard : Regarde le monde… d’ailleurs

Après une vingtaine d’années au service de Vulgaires Machins, Guillaume Beauregard se lance dans un nouveau projet solo folk.

En entrevue en 2011, alors que son quatuor punk rock surprenait en livrant un CD acoustique, Guillaume Beauregard notait qu’«avec un album où on décide de ralentir, tout devient dangereux et nouveau. Tout reste à inventer». Des années plus tard, Vulgaires Machins est en pause et le chanteur, parolier et guitariste cherche un plus grand fix d’adrénaline. D’où D’étoiles, de pluie et de cendres, son premier album folk et la première œuvre à porter son nom.

«Il y a mille raisons qui m’ont amené là», tranche l’artiste accoudé à une table de la Taverne Jarry, mentionnant que le remisage de son collectif culte n’est pas l’unique explication derrière ce tournant. «T’sais, les Vulgaires, ça fait quand même 20 ans. On avait besoin d’une pause et j’avais besoin de me renouveler. De partir ailleurs, autant en musique qu’en paroles. De perdre mes repères. De travailler différemment et avec d’autres musiciens que ceux du band. D’avoir un input qui vient d’ailleurs.» Puis, une pause, et Beauregard d’ajouter après une lampée: «De repartir à zéro, quelque part.»

Cadeau du ciel

Entre les mots et les actes

Si Beauregard a habitué son premier public à des constats sociaux et politiques tranchants pendant deux décennies, celui-ci révèle qu’adopter une plume au «je» a été toute une galère. «Dès que j’écrivais une ligne, je me rendais compte que ça n’avait pas rapport. Que ce n’est pas ce que je voulais faire! C’est comme si le chemin était tellement tracé dans ma tête par rapport à l’écriture de paroles que je devais vraiment faire des efforts pour aller ailleurs», s’exclame-t-il en revenant sur ses premières strophes pour D’étoiles, de pluie et de cendres. «C’était ça, aussi, l’objectif d’un album solo: m’interdire d’aller… non pas dans des « zones connues », parce que je demeure la même personne, évidemment, mais je me suis interdit d’explorer certaines zones afin d’éviter des automatismes qui se sont créés au fil des années. On dirait qu’au début, je savais écrire des chansons pour Vulgaires Machins, mais pas nécessairement pour Guillaume Beauregard.»

Autre particularité du style d’antan du parolier: un talent confirmé pour le prosaïsme (Puits sans fond ainsi que Triple meurtre et suicide raté en témoignent tout particulièrement). Beauregard étonne également ici en s’épanchant autant sur lui-même. «Avec cet album-là, écrire m’a permis de m’éloigner de mes convictions politiques et de mes opinions par rapport à la chose sociale. Ce qui veut dire: me retourner vers moi-même et vers des sujets qui donnent un sens à ma vie.» Une nouvelle pause, plus longue que la précédente, et Beauregard de glisser: «C’est dur d’en parler, car je ne parle pas d’autres choses ici. Je parle de moi, et c’était ça, aussi, l’exercice: se pencher sur ce qui me touche dans la vie d’un point de vue philosophique, amoureux, etc. C’est aussi vieillir, la mort, le cash, trouver un sens dans tout ça, etc.» Plus tard, il confiera: «J’ai toujours eu de la misère à aborder la musique comme un outil pour déployer mon bonheur, mettons. Sans être chiant et lourd, c’était davantage ma thérapie. C’est par là que je disais les choses que j’avais de la misère à exprimer.»

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Dans le décor

Bien que le projet porte son nom, Guillaume Beauregard souligne également l’apport de Gus van Go, collaborateur de longue date de Vulgaires Machins qui fait maintenant carrière à New York à titre de réalisateur. «Il a été un véritable partenaire là-dedans», s’exclame-t-il, vantant l’implication de l’ex-Me Mom & Morgentaler dans les arrangements ainsi que dans la technique d’enregistrement, en direct plutôt qu’à tatillon. «L’idée était d’enregistrer live pour ne pas travailler sur des arrangements pendant trois mois et ensuite arriver en studio pour enregistrer un instrument à la fois. On voulait l’énergie de cinq musiciens jouant la chanson ensemble dans le même local.»

Un procédé qui n’est pas sans rappeler le modus operandi de Neil Young sur Harvest, une des inspirations derrière D’étoiles, de pluie et de cendres. «Seulement à titre indicatif, comme une ligne directrice», tranche-t-il avant de s’expliquer: «T’sais, pour ne pas se lancer dans tout et n’importe quoi. On ne voulait pas faire un album indie rock ou folk, mais bien un album dans ces sonorités-là. On s’est donné un cadre assez précis.»

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Machins immortels

S’il y a un aspect musical de la carrière de Beauregard qui est toutefois plus nébuleux, c’est bien le destin de Vulgaires Machins. Lorsqu’on mentionne les récentes parutions du groupe sur les réseaux sociaux (une photo de boîte d’archives, puis un électrocardiogramme indiquant un cœur qui cesse de battre), le chanteur ne peut s’empêcher de sourire. «On aime taquiner le monde un peu. On aime aller à la pêche aussi et voir si ça va mordre, mais sans vouloir manquer de respect à personne», confie-t-il avant de préciser que, bien que le projet – qui a cependant perdu son percussionniste dans la foulée de l’album acoustique – ne soit pas mort et enterré, le collectif ne s’est pas entendu pour une date de retour ni un ultime – et potentiellement lucratif – tour de piste. Loin de là, même.

«J’ai cette peur démesurée d’être dans un groupe qui attire la nostalgie», poursuit le principal intéressé. «J’ai trop de respect pour ce groupe-là – et c’est aussi le cas pour les autres membres – pour faire un album sur le pilote automatique. T’sais, le groupe va bien et a un bon fanbase; ça serait facile de sortir un album qui aura un minimum de succès et des shows. Ça ne nous intéresse pas de voir ça de même. On a niaisé un peu avec ça sur Facebook, mais la vérité est qu’on ne sait rien à part qu’on ne fera jamais d’album ou de tournée d’adieu! Ça, ça tient plus du marketing.»

Et l’artiste de conclure avec une phrase pince-sans-rire qui rappelle autant le Guillaume Beauregard en groupe qu’en solo: «À moins que quelqu’un dans le band tente de me poignarder, je trouve que ça n’a aucun sens d’annoncer la fin!»

À suivre, donc, sur deux carrières très distinctes.

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D’étoiles, de pluie et de cendres (La Tribu) Lancement le 21 octobre à La Tulipe et le 13 février au Théâtre Petit Champlain

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