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Musique

Mutek mundial

Le festival montréalais Mutek s’exporte pour la première fois en Colombie alors qu’il est désormais un incontournable au Mexique.

Ceux qui suivent le festival de musique électronique Mutek savent que l’événement développe depuis longtemps le territoire d’Amérique latine et ibérique. Un penchant pour le monde hispanophone qui s’explique en grande partie par l’amour que le fondateur de l’événement Alain Mongeau porte pour le territoire latino-américain. «C’est un mélange de toutes sortes de raisons si je préconise les pays d’Amérique latine. J’ai vécu au Chili lorsque j’avais 11 ans et j’en garde un très bon souvenir», admet-il. «Grâce à l’aide de Ricardo Villalobos et de Dandy Jack, deux expatriés chiliens qu’on a souvent programmé à Mutek, il a d’abord été possible de créer un Mutek au Chili. Suite à ça, les Argentins, puis les Mexicains ont exprimé le souhait d’avoir eu aussi une version de Mutek et maintenant c’est au tour de la Colombie.» 

Depuis 2002, Mutek a déployé ses ailes avec quatre éditions au Chili, quelques Micro Mutek en Argentine, puis le Mexique et maintenant la Colombie qui se lance, sans compter les quelques tournées Mutek qui sont aussi passées par ces pays et le Brésil. 

Le développement du festival en Amérique latine ne s’est pas fait sans heurts. Les conditions sociales, économiques et politiques ne sont pas toujours très stables et la façon de travailler diffère de celle des Québécois. Qui plus est, le Mutek c’est un festival, mais c’est aussi une manière d’être, de penser et de créer. Pas question de tomber dans le commercialisme à outrance comme la grande majorité des festivals. «Tout ça s’est fait de manière informelle, dans l’esprit de Mutek, résume Alain Mongeau. L’idée de base était d’avoir un Mutek en Europe et un autre en Amérique du Sud. Mais en Europe, ils ont pas mal d’événements qui touchent au même registre musical alors qu’en Amérique latine ce n’est pas aussi répandu. Et comme nous sommes les Latins du Nord, je sentais plus d’affinités avec le reste de l’Amérique latine. Bien plus qu’avec les États-Unis qui étaient alors sous le joug de Bush. Le reste du Canada n’était guère plus invitant. Je ressens une sorte de connexion avec l’Amérique latine.» Cette connexion a permis aux producteurs, DJ, musiciens, scénographes et VJ québécois et canadiens de se faire voir ou entendre dans ces pays. Les artistes de ces contrées ont aussi été programmés à l’édition montréalaise. 

Mutek.Mx

De cette incursion latino-américaine, c’est sans conteste le Mexique qui a le mieux tiré son épingle du jeu. Le festival qui en est à sa 11e édition jouit depuis quelques années d’une belle croissance et d’une popularité grandissante. Damian Romero, qui dirige l’aventure mexicaine depuis le tout début, a bien saisi l’esprit de Mutek et a réussi à l’adapter à la réalité de son pays. «Ça fait onze ans de ma vie que je passe à développer ce projet et ce n’est pas facile ni simple. On ne fait pas ça dans un esprit mercantile. Mutek n’est pas dans le branding. On parle de passion ici. C’est plus un esprit familial qu’autre chose. Là je dirais qu’on est sur de solides bases, on sait ce qu’on fait et on a su s’adapter aux changements», souligne ce grand passionné de musique électronique et polyvalent touche à tout. «Réussir à faire 11 éditions d’un événement comme Mutek est un exploit, car le Mexique est un pays qui change beaucoup non seulement au niveau politique et économique, mais aussi au niveau social. Mutek n’est pas un événement pour toutes les oreilles, ce n’est pas un événement commercial, c’est un événement indépendant avec beaucoup de trucs risqués ou expérimentaux. Ça nous a demandé beaucoup de travail pour se rendre là où on est rendu aujourd’hui. Il a fallu s’adapter à toutes sortes de situations, innover, inventer. On a survécu au krach économique de 2008, à la grippe aviaire de 2009. Ce fut très dur, on a failli tout laisser tomber, mais on a tenu bon et regarde aujourd’hui.»

Aujourd’hui, pour l’édition de 2014 qui vient tout juste de se terminer, on parle de plus de 60 artistes étalés sur sept jours, dont les québécois/canadiens Poirier (avec son projet Boundary), Deadbeat, Mathew Jonson, Metametric et Egyptrixx, sans compter les dizaines d’artistes provenant des quatre coins du monde et les nombreux autres du Mexique. Avec ses séries d’ateliers, de panels, de conférences, de documentaires et bien entendu de performances, le Mutek.Mx est presque aussi imposant que son grand frère montréalais. 

Mutek.Co

En ce qui concerne le Micro Mutek de Bogota en Colombie, cette première édition, bien que timide avec ses 3 jours d’activités et sa petite trentaine d’artistes, a permis de réaliser deux choses. D’abord que Bogota n’est plus aussi dangereuse qu’elle l’était il y a 10 ou 15 ans. Les choses ont changé pour le mieux et la ville fait tout son possible pour se donner une meilleure image. Cette volonté de redorer le blason de Bogota passe par toutes sortes de stratégies et la musique est un des points prépondérants. Et pour cause! Depuis que l’UNESCO a proclamé Bogota ville de musique en l’ajoutant à son réseau de cités créatrices, la capitale colombienne a eu le coup de pouce inespéré qui a motivé ses élus à mettre davantage l’emphase sur la musique. C’est donc en partie sous l’égide de l’organisme municipal Invest in Bogota et le département culturel de la ville qu’est né le premier Mutek.Co.

La deuxième chose que nous a révélée ce Micro Mutek, c’est que la scène techno/électro colombienne en est une de métissage — les croisements entre musique électronique et cumbia par exemple —, mais aussi une jeune scène en pleine évolution qui semble vouloir justement s’affranchir des racines traditionnelles. Un milieu effervescent que désirent motiver les fondateurs de Mutek colombien, Diana Torres et Daniel Casas. « La scène techno en est à ses balbutiements à Bogota. Elle est beaucoup plus vivante à Medellín, l’autre grand centre culturel colombien, souligne le couple. À Bogota, les DJ sont nombreux, mais les créateurs beaucoup moins. En s’associant à Mutek, on cherche à stimuler la création chez les amateurs de musique techno. On s’associe aussi à un nom, à une image et par le fait même nous entrons dans le réseau Mutek. C’était pour nous la meilleure façon de présenter des créateurs de musique électronique qui défrichent et sortent des sentiers battus. Mutek, c’est plus qu’un nom, c’est une philosophie, une manière de voir, de penser et de présenter la musique. »

Sur les quelque 25 artistes présents (en dehors des ateliers et conférences) à cette première édition qui se déroulait du 16 au 18 octobre, plus d’une quinzaine étaient de Colombie. Le reste provenait de France, du Mexique, du Vénézuéla. Deux artistes de Montréal étaient aussi du nombre, le producteur et DJ Xavier Lebuis et le DJ et Vincent Lemieux, aussi l’un des programmateurs du Mutek québécois et partie prenante du label Musique Risquée. 

Quel est l’avenir du Mutek.Co? Il est encore trop tôt pour dire, il y a encore du travail et des ajustements à faire, mais la volonté de développer est là, la motivation et le talent aussi. 

Ce reportage a été rendu possible grâce à l’aide de Invest In Bogota, Mutek.Co et Mutek.Mx.

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